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22/09/2010

Claude Monet, tel qu’en lui-même et même plus

monetseine.jpgAprès Picasso 
et les maîtres, 
le Musée d’Orsay et la Réunion des musées nationaux présentent la plus grande exposition en France du maître de l’impressionnisme.

Monet tout seul contre Picasso et les maîtres. Près de 800 000 entrées au Grand Palais pour le second, assisté d’Ingres, Vélasquez, Goya et de quelques autres premiers pinceaux. Quel sera le score de Monet, le possédé des nymphéas l’emportera-t-il sur l’aficionado des corridas ? Réponse le 24 janvier. On cherche généralement une justification à une très grosse exposition. Les anniversaires, de la mort ou de la naissance, au choix, on finit d’ailleurs par les mélanger, y suffisent généralement. Ici, rien de cela. Mais, l’impressionnisme est porteur et Monet en particulier. Il n’en reste pas moins que cela fait plus de trente ans, comme le remarque Guy Cogeval, directeur du Musée d’Orsay et commissaire général de l’expo que l’on n’avait pas vu en France de grande manifestation consacrée à Monet.

Une explosion de couleur et de matière

Voilà donc un ensemble, qu’il faut bien dire tout à fait exceptionnel, de près de deux cents tableaux, venant des collections nationales, mais aussi de nombreux musées étrangers, voire de collections privées et que l’on découvre, parfois médusés. Ainsi de trois tableaux de 1920-1922, d’une même collection privée donc, deux Saule pleureur et un Pont japonais, peints à Giverny, et ce alors que Monet retrouve la lumière après son opération de la cataracte. C’est une explosion de couleur et de matière, un tourbillon de la forme, une euphorie panthéiste. On pense à Titien peignant à la fin de sa vie avec les doigts, aux derniers Picasso dans les séries des Mousquetaires. Étonnant, cet Effet de neige à Giverny, de 1893 et venant de la Nouvelle-Orléans, mais oui. Un tableau tout de blanc, presque minimal. Il y a les tentatives, parfois inabouties, et même des échecs. Dans la lumière du midi, Monet semble accablé par le soleil qu’il ne parvient pas à saisir. À Vétheuil, en 1880, avec La débâcle, temps gris, il s’essaye pour les blocs de glace à une touche puissante, brisée, presque géométrique, quand elle est plus généralement en entrelacs et virgules. Il y a les séries : Peupliers, meules, cathédrale de Rouen, Vétheuil, Pourville et les falaises de craie de la côte picarde avec une Marée basse d’une beauté sereine quand exactement à la même période (1882) les Falaises de Dieppe suscitent le vertige…

Grand saut dans un inconnu de la peinture

monet.gifIl y a, bien sûr, Le Déjeuner sur l’herbe, son déjeuner sur l’herbe face à celui de Manet. Une œuvre de jeunesse, de 1865, mais quelle jeunesse ! Monet a peint peu de personnages, sauf comme éléments dans le paysage et moins encore de portraits. D’où l’intérêt de ce beau tableau intimiste de 1873, La capeline, portrait de Madame Monet qui apparaît derrière une porte fenêtre, ou encore le troublant portrait de la même, Camille, mais sur son lit de mort et comme prise dans un voile de glace et de neige. On sait que la pratique du portrait des gisants était fréquente à l’époque. Il n’empêche, cette rage de peindre qui le conduit à prendre ses pinceaux devant le cadavre de l’aimée renvoie à cet dilemme des plus grands: l’art, ou la vie. Les paysages semblent se répéter, mais quels chocs aussi, quand Monet, tout à ses variations, fait, si l’on ose dire, une sorte de grand saut dans un inconnu de la peinture. À Belle-Île avec l’étonnante horizontale qui barre le tableau de Rochers à Port-Coton, le Lion (1886), dans la Creuse en 1889, avec la Creuse, soleil couchant et les énormes masses sombres des berges de la rivière encaissée. Monet, bien sûr, on connaît ou on croit connaître. Mais, c’est toujours plus que cela.

 

Jusqu’au 24 janvier. Renseignements au 01 44 13 17 17 et information.gngp@rmn.fr

Catalogue édité par la Rmn et le Musée d’Orsay. 384 pages, 50 euros.

Maurice Ulrich, l'Humanité

14:42 Publié dans Evénements | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : monet, exposition | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

20/08/2010

Au musée Bourdelle, sous le regard des héros

 

bourdelle.jpgOnze artistes de la scène contemporaine interviennent de manière critique ou décalée parmi les œuvres monumentales et hiératiques du sculpteur du XIXe.

Certes moins couru que le musée Rodin, le musée Bourdelle n’en est pas moins un des beaux lieux de Paris, invitant à la découverte de l’œuvre souvent monumentale du grand sculpteur, né en 1861 et disparu en 1929, à la charnière de l’héritage du XIXe siècle et de l’art moderne. Sous l’impulsion de sa directrice, Juliette Laffon, le musée s’est ouvert aussi à l’art contemporain pour des expositions temporaires. Felice Varini, Gloria Friedman, entre autres, ont déjà occupé ses salles. Depuis mai, et jusqu’au 19 septembre, c’est une carte blanche qui a été donnée à onze artistes de la scène contemporaine et non des moindres, ce qui commande de les citer tous : Élisabeth Ballet, Christian Boltanski, Richard Deacon, Hans-Peter Feldman, Ann Veronica Janssens, Jannis Kounellis, Claude Lévêque, Jean-Luc Moulène, Tania Mouraud, Orlan, Kees Visser.

C’est Christian Boltanski qui accueille les visiteurs avec une série de chaises installées dans le jardin, à l’entrée du musée. Dans la continuité de ses personnages vêtus de noir, exposés en d’autres lieux, dont le Mac/Val de Vitry au printemps, qui interrogent le visiteur, les chaises questionnent : quelle est ta tristesse, quel est ton remords ?

Une vision superbement plastique et inquiète

Boltanski se tient encore ici sur le lieu du passage entre la vie et la mort, Dan.s la plus grande salle du musée, avec des personnages de plus de trois mètres de haut, Orlan a installé trois nouvelles sculptures dans la veine de celles qu’elle avait exposées à l’abbaye de Maubuisson. Des sculptures comme des vêtements sortis de tableaux baroques mais habillant du vide, des corps fantômes. C’est ici comme une réponse à cette monumentalité des personnages héroïques de Bourdelle. Jean-Luc Moulène est aussi, dans une réponse à cette monumentalité avec plusieurs petites sculptures comme Adam, petit modèle, Guerrier allongé au glaive, petit modèle également… Une photo d’homme au corps fragile : Manuel Joseph nu. une sculpture aussi, réalisée à partir d’un corset orthopédique. Chez Jean-Luc Moulène, les héros sont fatigués et leur temps est passé. Dans les caves où dorment des titans, Claude Lévêque les a éclairés avec les projecteurs d’un enfer immobile.

Mais faute d’évoquer les œuvres de chacun des artistes présents, il faut aller droit à ceux (celles) qui, à notre sens, marquent le plus ce parcours. Sur un balcon où une frise évoque la danse et Isadora Duncan, Élisabeth Ballet a aligné des rails de métal laqué dans un mouvement de fuite en avant, vers l’extérieur, qui nous emporte. Dans les salles du bas, Tania Mouraud projette une vidéo de la plus grande casse d’Europe, avec ses amas de métal, ses grues, ses wagons. Une vision superbement plastique et véhiculant une lourde inquiétude. Au musée Bourdelle, les hommes aussi sont très fatigués.

Musée Bourdelle. www.bourdelle.Paris.fr, jusqu’au 19 septembre.

Maurice Ulrich, l'Humanité

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26/02/2010

Turner et l’ivresse de la lumière

turnercalais.jpgAu Grand Palais, à Paris, «  Turner et ses peintres  ». Une exposition pour mieux comprendre
le parcours 
du plus singulier des peintres britanniques.

Sans doute faut-il commencer par la fin si l’on veut mettre en lumière ce que la nouvelle exposition du Grand Palais à Paris consacrée à Turner, sous le titre «  Turner et ses peintres  », peut avoir de singulier. La fin si l’on peut dire, alors que le peintre, né en 1775, approche de ses soixante-dix ans, ce sont ces toiles où les formes se noient dans la saturation lumineuse et l’explosion de la couleur, les tourbillons de la matière. Le Lac de Lauerzer et le Mythen, en 1848, les Chutes de la Clyde, vers 1845, ou encore cette formidable Tempête de neige, en mer, en 1842, que le peintre aurait lui-même vécue et à propos de laquelle on dit qu’il s’était fait attacher au mât, non pour entendre le chant des sirènes mais la grande symphonie chaotique des éléments déchaînés.

La copie des maîtres fait partie du parcours de tout artiste

Partir de la fin car l’exposition, dont on ne doute pas du succès, met en évidence avec pertinence d’où part Turner, mais cela n’a de sens que si l’on voit où il arrive. L’imitation, voire la copie des maîtres font partie du parcours de tout artiste, aussi grand soit-il, et c’est même la marque des plus grands que d’assumer leurs sources. À la Royal Academy of Arts de Londres, Turner entendra les discours de son président, le grand portraitiste sir Joshua Reynold  : « Étudiez donc les œuvres des grands maîtres pour toujours. Étudiez-les d’aussi près que vous le pouvez, à la manière et selon les principes qui les ont eux-mêmes guidés. » Mais aussi ceci, essentiel  : « Considérez-les à la fois en tant que modèles à imiter et en tant que rivaux à combattre. »

Turner est entré à quatorze ans à la Royal Academy. Fils d’un modeste barbier mais animé par une solide ambition, il va beaucoup produire, beaucoup imiter, découvrant en même temps Rembrandt, Poussin, Claude Lorrain, dont un tableau l’aurait fait fondre en larmes. En 1813, il reprend, de Poussin, le thème du déluge et rajoute le rougeoiement d’un soleil de fin du monde, des trombes d’eau monstrueuses. En 1828, il reprend, de Claude Lorrain, un port de mer au soleil couchant, mais son soleil touche à l’ivresse et la lumière est partout. La lumière, il la prend aussi chez Rembrandt, dorée quand elle nimbe le corps de Bethsabée ou le philosophe  ; chez Watteau, dans les lointains où se dessine Cythère… Il va la porter à l’incandescence, qu’il s’agisse de marines, de scènes mythologiques comme dans Mercure envoyé pour avertir Énée, en 1850, d’un train dans la fumée… Il donne à voir autrement. Avant Turner, dira Oscar Wilde, « il n’y avait pas de brouillard à Londres ». Il est toujours facile, après coup, de voir ce que l’œuvre d’un peintre a pu anticiper des temps qui l’ont suivi. On a dit de Turner qu’il annonçait l’impressionnisme. C’est un peu une illusion d’optique. La lumière de Turner est un emportement, pas un réalisme. Il est plus proche en un sens de Gustave Moreau et du symbolisme. On dirait qu’il pressent l’abstraction, mais peut-être cherchait-il seulement à éblouir ses contemporains. On reste un peu pantois, toutefois, devant ses Trois Marines, de 1827. Des bandes de couleur horizontales. Tiens, se dit-on, on dirait un Rothko..

Maurice Ulrich, l'Humanité

Jusqu’au 24 mai 2010. 
Catalogue édité par la Réunion 
des musées nationaux. 290 pages. 39 euros.

turneraut.jpgTURNER WILLIAM

Peintre anglais, né à Londres le 23 avril 1775, mort à Chelsea le 19 décembre 1851.

Fils d'un pauvre perruquier, il se lia dans son enfance avec Thomas Girtin et peignit comme lui des aquarelles (cet artiste très bien doué mourut à vingt-sept ans, à la suite de débauches): les deux amis intéressèrent à leurs efforts le docteur Munro qui leur permit de copier les dessins de sa magnifique collection et achetait une demi-couronne leurs croquis.

Les grands peintres


Exposition "Turner et ses peintres"
envoyé par 20Minutes. - Regardez plus de courts métrages.

19:48 Publié dans Evénements | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : peinture, turner, exposition, grand palais | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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