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04/03/2013

"L’hôpital d’Évry est un fiasco…"

hôpital.jpgINTERVIEW - Alain Verret, ancien directeur de l’hôpital d’Évry-Corbeil, dénonce la situation ubuesque de cet établissement sud-francilien. Ruineux, pharaonique et sous-utilisé dans un contexte de crise hospitalière.

 Paru dans leJDD
 

Les femmes de ménage et les laborantins ont protesté, vendredi, au Centre hospitalier sud-francilien de Corbeil-Essonnes, contre le plan de rigueur imposé par la direction. (Bernard Bisson/JDD)

"Un être humain ne peut pas nettoyer une surface hospitalière de 800 m2 en désinfectant les lits, les murs. On a l’impression d’être des robots dans un camp de travail." Au Centre hospitalier sud-francilien (CHSF), situé à Corbeil-Essonnes, dans l’Essonne, les femmes de ménage se rebellent. Plombé par un loyer annuel de 46 millions d’euros dû à la société Eiffage - qui a construit l’hôpital dans le cadre d’un très controversé partenariat public-privé (PPP) -, le déficit du gigantesque établissement ouvert début 2012 se creuse. Résultat, un plan de retour à l’équilibre financier avec des suppressions de postes contestées par les personnels. Alors que Claude Évin, patron de l’Agence régionale de santé d’Île-de-France, veut renégocier certains points du bail de trente ans conclu avec Eiffage, Alain Verret, un des anciens patrons du CHSF, dévoile au JDD les coulisses d’un fiasco politique autant que financier.

Des emplois vont être supprimés au Centre hospitalier sud-francilien…
C’était inévitable. L’histoire de cet hôpital est celle d’un fiasco annoncé, celle d’une somme d’erreurs politiques majeures. L’établissement est mis en faillite par son loyer. Chaque année, il doit payer une somme énorme à Eiffage. Le choix, fait en 2006, de nouer un partenariat public-privé avec ce groupe de BTP pour financer sa construction et sa maintenance est un "péché originel" dont les personnels de l’hôpital et les contribuables n’ont pas fini de payer les conséquences.

Pourquoi avez-vous démissionné fin août 2011?
Quand j’ai été nommé en 2009 à la tête des hôpitaux d’Évry et de Corbeil, qui avaient déjà fusionné administrativement mais pas encore géographiquement, on m’a donné une double mission : remettre de l’ordre dans leurs finances et assurer le déménagement vers le nouvel hôpital. J’ai accompli la première partie de ma tâche en redressant les comptes qui étaient à l’excédent en 2010. Pas la seconde…

Pour quelles raisons?
Rien à dire sur la structure du bâtiment tout juste sorti de terre, c’est la partie technique qui n’était pas au niveau. Le système d’alimentation en eau et le système électrique étaient défaillants. Je n’avais jamais vu un travail aussi mal fait de toute ma carrière hospitalière. Au total, 7.000 malfaçons ont été constatées par les huissiers. Exigeant une sécurité optimale pour les malades et qu’Eiffage finisse son travail, à partir de 2011, j’ai refusé d’obtempérer à l’injonction de mes tutelles de déménager.

«L’établissement est mis en faillite par son loyer»

Qu’aviez-vous en tête?
J’estimais qu’il fallait négocier avec Eiffage avant de déménager, qu’une fois dans les nouveaux locaux, on perdrait toute marge de manoeuvre. En étudiant de près le dossier avec des avocats, il était apparu que le contrat avait été mal ficelé. Nous avions dû commencer à payer le loyer avant même que l’hôpital soit terminé! Nous n’avions aucun moyen de diminuer le montant des mensualités! Le ministère de l’époque a fait une expérimentation grandeur nature des PPP en matière hospitalière qui se révélait désastreuse.

Pourquoi avez-vous pris votre retraite de manière anticipée fin août 2011?
Avant de partir, j’ai plaidé pour que le contrat avec Eiffage soit renégocié. Je m’appuyais sur les conclusions d’un rapport de l’inspection générale des finances montrant qu’il était possible de résilier le contrat pour motif d’intérêt général. Cela revenait à dire à Eiffage : vous n’êtes pas en faute mais ce genre de contrat ne peut pas convenir pour faire tourner un hôpital. Le service public doit reprendre ses droits. Compte tenu des nombreuses malfaçons et comme le déménagement n’avait pas encore eu lieu, l’État et/ou des collectivités locales étaient en position de force pour racheter l’hôpital en proposant au groupe de BTP un dédommagement raisonnable.

Pourquoi les négociations avec Eiffage n’ont-elles pas commencé à ce moment-là?
Xavier Bertrand, le ministre de la Santé de l’époque, a voulu ouvrir coûte que coûte. Cela a peut-être à voir avec l’influence des groupes de BTP au plus haut sommet de l’État. On m’a fait comprendre que j’étais un gêneur, que je devais me soumettre ou me démettre. Maintenant que l’hôpital a ouvert, que son déficit se creuse, que ce trou plombe d’autres projets sanitaires, j’apprends qu’on veut enfin renégocier. Bonne chance : les marges de manoeuvre sont minces. On peut espérer récupérer la maintenance de l’hôpital mais à un coût très supérieur à ce que l’on aurait pu obtenir il y a un an et demi.

Aujourd’hui au tiers vide, l’hôpital d’Évry (110.000 m²) est-il trop grand?
C’est son autre pêché originel : ses dimensions pharaoniques. Mais maintenant qu’il est ouvert, pourquoi ne pas réorganiser l’offre de soins dans le sud de l’Île-de- France de façon à le faire tourner plus? Au lieu de cela, les tutelles poussent à la création d’un autre grand hôpital à Melun. Je crains que ce ne soit un nouvel exemple de mauvaise gestion politique en matière hospitalière.

Lire aussi :
Un hôpital flambant neuf à l’arrêt
Vers une réforme hospitalière

Anne-Laure Barret - Le Journal du Dimanche

dimanche 03 mars 2013

Lire également communiqué du Pcf d'Evry

23/01/2013

FINANCEMENT DE L'HOPITAL SUD FRANCILIEN : UNE BELLE ERREUR SELON SERGE DASSAULT


L'étonnant mea culpa de Serge Dassault aux... par f100000146387310

Le 21 Janvier 2013, lors de la cérémonie des voeux aux personnels de l'hôpital Sud Francilien, le sénateur Serge Dassault s'est livré à une surprenante confession, reconnaissant qu'il était "un peu et même beaucoup responsable de cet hôpital" et qu'à ce titre il avait commis une erreur en acceptant de faire payer un loyer à l'hôpital à la demande du ministre de la santé de l'époque "c'est là l'erreur que j'ai faite, un hôpital ne doit pas payer de loyer, surtout des loyers forfaitaires qui augmentent en fonction du coût de la vie ..."

PAR BOCCAN ESSONNE

01/09/2011

HOPITAL SUD FRANCILIEN : DEMISSION DU DIRECTEUR

pirioulettre.jpgCOMMUNIQUE

Nous apprenons aujourd’hui la démission du directeur général du Centre Hospitalier Sud Francilien (CHSF), Alain Verret, dans une lettre adressée au personnel de l’établissement.

Ce départ forcé a tous les contours d’une mise à pied du directeur du site en raison de son opposition au groupe EIFFAGE pour leurs responsabilités dans le cadre des innombrables dysfonctionnements dans la construction du site unique, dont le coût s’élève aujourd’hui à la somme exorbitante de 1,8 milliards d’euros.

hôpital sud francilien,piriouAlors que l’Hôpital relève 2 000 malfaçons constatées par huissiers sur le site, le groupe EIFFAGE réclamerait 100 millions d’euros supplémentaires pour l’ouverture du site. Pour avoir demandé des comptes au groupe EIFFAGE, le directeur général du Centre Hospitalier Sud Francilien a été rappelé à l’ordre par les plus hautes autorités de l’Etat.

En démissionnant, il a refusé d’accepter l’inacceptable : que l’Hôpital public paye les conséquences désastreuses du choix de confier la construction du site à un groupe privé totalement incompétent pour de telles structures. Comment avoir pu imaginer qu’un tel groupe ne privilégierait pas ses intérêts financiers au détriment de l’intérêt public ?

Comme dans l’affaire Tapie/Crédit Lyonnais, comme dans l’affaire EPR de Flamanville/Bouygues, Nicolas Sarkozy confirme par son intervention autoritaire qu’il fait passer les intérêts des grands groupes avant ceux du service public.

Autant d’éléments qui nous éclairent sur les raisons – et les conséquences -de la réunion des PDG des neuf grands groupes français lors d’un dîner désormais fameux le soir de l’élection du président de la République.

Seul élu à voter contre le projet du site unique et le Partenariat Public-Privé pour sa construction au début des années 2000, je me satisfais aujourd’hui que la raison l’emporte à travers ce nouveau scandale, et que les élus de gauche de notre territoire défendent le choix du droit à la santé pour tous face aux intérêts des groupes privés.

C’est dans cette perspective que me rendrai donc à la conférence de presse de Manuel Valls, ce jeudi 1er septembre à 17h, à l’Hôpital de Courcouronnes.

J’y défendrai trois propositions. Dans l’immédiat, la renégociation du loyer aux frais du groupe EIFFAGE. A moyen terme, la remise en cause du Partenariat Public-Privé dans l’exploitation du site. Enfin, l’association de l’ensemble de la communauté médicale et des usagers à la définition collectives des besoins du territoire en matière de santé publique.

Bruno PIRIOU, conseiller général PCF de Corbeil.

 
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