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01/10/2013

Victoire pour la maison d’Aragon

politique culturelle, louis aragon, aurélie fillippetti, bernard vasseur, maison triolet-aragon, ministère de la culture

Suite à l’émotion suscitée par des mesures budgétaires qui compromettaient la survie de la Maison d’Elsa Triolet et d’Aragon, les ministères concernés font machine arrière.

On se souvient du cri d’alarme lancé dans nos colonnes par Bernard Vasseur. La Maison Elsa Triolet-Aragon, déclarait son directeur dans un communiqué, se trouvait prise en tenailles entre baisse de subvention et augmentation de loyer, décidées l’une par le ministère de la culture, l’autre par Bercy : -6% d’amputation d’un côté, 66% de hausse de loyer en 2 ans de l’autre. Soit 10 000 euros de ressources en moins et 22 000 de charges en plus.

L’émotion a été grande devant ces mesures qui récompensaient bien mal ceux qui faisaient vivre la mémoire d’un écrivain qui avait fait don à la France de ses manuscrits et de la maison qu’il avait achetée à Elsa, et où elle est morte. Dans un communiqué, il rappelle « il me manquera 30 000€ et je devrai fermer la Maison fin novembre 2013 faute de pouvoir payer en décembre les salaires des membres de la petite équipe qui la fait vivre. » Un comble pour une maison d’écrivain qui fut la première à obtenir le label d’excellence en la matière, pour un travail salué par la ministre de la culture Aurélie Filipetti elle-même.

Il semble que la raison, « aidée » par le poids de la mobilisation qui a accueilli ces mesures absurdes, aient triomphé. « On peut donc bien, avec toute la modestie qui convient, parler de victoire », déclare Bernard Vasseur dans un communiqué paru aujourd’hui. « Je veux d’ailleurs remercier, ajoute-t-il, le très large public qui, à la suite des articles parus dans la presse, nous a fait part tout au long de l’été de son émotion, en nous assurant de son indéfectible soutien. Nous sommes surtout heureux pour lui, car nous allons pouvoir continuer de faire ce pour quoi nous sommes là : semer l’envie de poésie, de lecture, de littérature, d’art à travers la découverte des activités d’une maison d’écrivains, où vécurent deux figures majeures de la littérature française au XXème siècle : Elsa Triolet et Aragon. »
Bien entendu, la vigilance reste de mise, surtout devant les orientations générales du budget que nous venons de les découvrir. En attendant, ne boudons pas notre plaisir en participant aux activités, rencontres et expositions organisées à Saint Arnoult tout au long de l’année. (1)

(1) Exposition Peter Stämpfli, du 21 septembre au 1er décembre, Poés’Yvelines, avec Bernard Noël et Salah Stétié, dimanche 6 octobre. 2013, à 15h. détails sur www.maison-triolet-aragon.com.

Publié par l'Humanité

12/08/2013

La Seine a rencontré Paris !

seine.jpgJacques Prévert
 
Qui est la
Toujours là dans la ville...
Et qui pourtant sans cesse arrive
Et qui pourtant sans cesse s’en va

C’est un fleuve
répond un enfant
un devineur de devinettes
Et puis l’œil brillant il ajoute
Et le fleuve s’appelle la Seine
Quand la ville s’appelle Paris
et la Seine c’est comme une personne
Des fois elle court elle va très vite
elle presse le pas quand tombe le soir
Des fois au printemps elle s’arrête
et vous regarde comme un miroir
et elle pleure si vous pleurez
ou sourit pour vous consoler
et toujours elle éclate de rire
quand arrive le soleil d’été
La Seine dit un chat
c’est une chatte
elle ronronne en me frôlant

Ou peut-être que c’est une souris
qui joue avec mois puis s’enfuit
La Seine c’est une belle fille de dans le temps
une jolie fille du French Cancan
dit un très vieil Old Man River
un gentleman de la misère
et dans l’écume du sillage
d’un lui aussi très vieux chaland
il retrouve les galantes images
du bon vieux temps tout froufroutant

La Seine
dit un manœuvre
un homme de peine de rêves de muscles et de sueur
La Seine c’est une usine
La Seine c’est le labeur
En amont en aval toujours la même manivelle
des fortunes de pinard de charbon et de blé
qui remontent et descendent le fleuve
en suivant le cours de la Bourse
des fortunes de bouteilles et de verre brisé
des trésors de ferraille rouillée
de vieux lits-cages abandonnés
ré-cu-pé-rés
La Seine
c’est une usine
même quand c’est la fraicheur
c’est toujours le labeur
c’est une chanson qui coule de source
Elle a la voix de la jeunesse
dit une amoureuse en souriant
une amoureuse du Vert-Galant
Une amoureuse de l’ile des cygnes
se dit la même chose en rêvant

La Seine
je la connais comme si je l’avais faite
dit un pilote de remorqueur au bleu de chauffe
tout bariolé
tout bariolé de mazout et de soleil et de fumée
Un jour elle est folle de son corps
elle appelle ca le mascaret
le lendemain elle roupille comme un loir
et c’est tout comme un parquet bien briqué
Scabreuse dangereuse tumultueuse et rêveuse
par-dessus le marché
Voilà comment qu’elle est
Malice caresse romance tendresse caprice
vacherie paresse
Si ca vous intéresse c’est son vrai pedigree

La Seine
c’est un fleuve comme un autre
dit d’une voix désabusée un monsieur correct et
blasé
l’un des tout premiers passagers du grand tout
dernier bateau-mouche touristique et pasteurisé
un fleuve avec des ponts des docks des quais
un fleuve avec des remous des égouts et de temps à
autre un noyé
quand ce n’est pas un chien crevé
avec des pécheurs à la ligne
et qui n’attrapent rien jamais
un fleuve comme un autre et je suis le premier à le
déplorer

Et la Seine qui l’entend sourit
et puis s’éloigne en chantonnant
Un fleuve comme un autre comme un autre comme
un autre
un cours d’eau comme un autre cours d’eau
d’eau des glaciers et des torrents
et des lacs souterrains et des neiges fondues
des nuages disparus
Un fleuve comme un autre
comme la Durance ou le Guadalquivir
ou l’Amazone ou la Moselle
le Rhin la Tamise ou le Nil
Un fleuve comme le fleuve Amour
comme le fleuve Amour
chante la Seine épanouie
et la nuit la Voix lactée l’accompagne de sa tendre
rumeur dorée
et aussi la voix ferrée de son doux fracas coutumier

Comme le fleuve Amour
vous l’entendez la belle
vous l’entendez roucouler
dit un grand seigneur des berges
un estivant du quai de la Râpée
le fleuve Amour tu parles si je m’en balance
c’est pas un fleuve la Seine
c’est l’amour en personne
c’est ma petite rivière à moi
mon petit point du jour
mon petit tour du monde
les vacances de ma vie
Et le Louvre avec les Tuileries la Tour Eiffel la Tour
Pointue et Notre-Dame de l’Obélisque
la gare de Lyon ou d’Austerlitz
c’est mes châteaux de la Loire
la Seine
c’est ma Riviera
et moi je suis son vrai touriste

Et quand elle coule froide et nue en hurlante plainte
contre inconnu
faudrait que j’aie mauvaise mémoire
pour l’appeler détresse misère ou désespoir
Faut tout de même pas confondre les contes de fées et
les cauchemars
Aussi
quand dessous le Pont-Neuf le vent du dernier jour
soufflera ma bougie
quand je me retirerai des affaires de la vie
quand je serai définitivement à mon aise
au grand palace des allongés
à Bagneux au Père-Lachaise
je sourirai et me dirai

Il était une fois la Seine
il était une fois
il était une fois l’amour
il était une fois le malheur
et une autre fois l’oubli

Il était une fois la Seine
il était une fois la vie

09:18 Publié dans Expressions libres, Livre, Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : seine, jacques prévert | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

20/06/2013

Veut-on la mort de la Maison Triolet-Aragon ?

politique culturelle, louis aragon, aurélie fillippetti, bernard vasseur, maison triolet-aragon, ministère de la culture, Baisse de subvention, hausse des loyers… On s’interroge sur les intentions du gouvernement sur un lieu dont il reconnaît l’excellence.

Ceux qui étaient au moulin de Villeneuve le 30 septembre 2012 se souviendront, entre autres grands moments, d’avoir entendu Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, affirmer l’attachement du gouvernement, et son intérêt personnel, à la mémoire vivante d’Aragon, et rappeler le rôle exemplaire joué par la Maison Elsa Triolet-Aragon en cette matière. Que penser, dès lors, de la série de mauvais coups portés conjointement par les ministères de la Culture et des Finances contre une institution considérée comme une référence dans le monde des maisons d’écrivains ?

Dans un communiqué, Bernard Vasseur, directeur de la Maison Elsa Triolet-Aragon, donne en effet de stupéfiantes informations. D’un côté, une baisse de la subvention, de l’autre une hausse brutale du loyer. La subvention, fixe dans son montant depuis 1998, se trouvait déjà passablement rognée, en termes réels, par l’inflation. Cette année, c’est à une véritable amputation, de 6 %, que procède le ministère de la Culture. Mais tout cela n’est rien en comparaison de ce que qu’annonce Bercy, par l’intermédiaire de France Domaine. Le loyer payé par le Centre de recherche et de création Elsa Triolet-Aragon vient de bondir de 55 % en 2012, et connaît une nouvelle hausse qui porte l’augmentation à 66 % en deux ans.

On croit rêver. D’abord parce que c’est Aragon lui-même qui, comme il avait donné au CNRS ses manuscrits et papiers de travail, avait en 1976, légué à la France ce lieu. On peut s’interroger sur la rationalité (sinon la décence) qu’il y a à faire payer ceux qui précisément réalisent, au jour le jour, la condition mise par Aragon à la réalisation de son legs : faire du moulin un espace d’art et de recherche. Mais il paraît que c’est ce que veulent les règles administratives. Il était cependant entendu que ce loyer serait compensé par une intégration de son montant dans la subvention du ministère de la Culture. Nous n’en sommes bien évidemment plus là. L’État traite la maison que lui a laissée Aragon comme si elle était le siège d’une quelconque activité lucrative.

Étrange paradoxe pour une institution qui a fait la preuve de sa vitalité, jusqu’à devenir la première à obtenir le label de « Maison des illustres », signe d’excellence en matière de fonctionnement et de rayonnement pour une maison d’artiste. Une distinction qui ne fait que reconnaître un fait : un quadruplement du nombre des visiteurs en quinze ans, de 5 000 à 20 000, et une ouverture réussie au public scolaire, qui atteint 7 000 élèves. Explosion de la fréquentation, qualité de l’animation, tout cela est reconnu au plus haut niveau, célébré par la ministre elle-même, et pourtant tout se passe comme si, la prenant en tenailles entre baisse de subvention et hausse de loyer, on voulait, pour fêter son centenaire, fermer la maison d’Aragon.

Bernard Vasseur, son directeur, et Edmonde Charles-Roux, sa présidente, sont intervenus auprès des ministres concernés. Sans réponse. Désinvolture ? Mépris ? À quoi joue le gouvernement ? L’inquiétude s’installe, la colère n’est pas loin. Qu’on le sache, on ne laissera pas mourir la maison d’Elsa Triolet et de Louis Aragon.

Alain Nicolas, l'Humanité


LA DERNIERE DEMEURE D'ARAGON ET ELSA TRIOLET par E-Mosaique

 
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