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28/02/2018

Supermétro. Retardé, le Grand Paris Express sera-t-il aussi « au rabais » ?

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Pierre Duquesne, L'Humanité

Les lignes 15, 16, 17 et 18 du supermétro ne seront achevées qu’en 2030, selon le nouveau calendrier annoncé hier par le premier ministre, Édouard Philippe, qui souhaite faire 10 % d’économies sur le coût du « chantier du siècle ».

«Le Grand Paris Express, un projet hors norme. » Ce message, le premier ministre l’a martelé hier, avant d’annoncer un nouveau calendrier de construction de ce supermétro en banlieue parisienne. Les retards seront importants par rapport aux délais annoncés au moment du lancement de ce « chantier du siècle ».

En 2024, seule une fraction du Grand Paris Express sera sortie de terre. Doit être mise en service, à cette date, la ligne 14 jusqu’à Carrefour-Pleyel, à proximité du village olympique? et son prolongement jusqu’à l’aéroport d’Orly, au sud. Le même délai a été assigné à l’achèvement de la ligne 15 sud traversant les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne, jusqu’à Noisy-Champs.

Cette ligne devait initialement être terminée… en 2020. Selon la nouvelle feuille de route, la ligne 16 ira, en 2024, de Saint-Denis à Clichy-sous-Bois. Le désenclavement de cette zone était prioritaire pour défendre la « cohésion sociale » du projet. Le gouvernement ne pouvait pas non plus déjuger Emmanuel Macron, qui s’est engagé sur l’arrivée du supermétro en 2024 à Clichy-sous-Bois. Mais la deuxième partie de la ligne 16, jusqu’à Noisy-Champs, se fera plus tard.

« Nous n’accepterons pas de Grand Paris Express rabougri  »

Les lignes ne seront édifiées dans leur intégralité qu’à l’horizon 2030. Ce n’est qu’à cette date que la « rocade » autour de la capitale devrait enfin devenir réalité. Les lignes 15 est, traversant le cœur de la Seine-Saint-Denis, et la ligne 15 ouest, qui ferme la boucle (Saint-Denis-La Défense-Pont de Sèvres), ne sont pas prioritaires. L’autre « perdant », c’est la ligne 18, devant relier l’aéroport d’Orly au plateau de Saclay (objectif 2027), puis Versailles, en 2030. C’est à cette date que doivent être achevées les lignes 15, 16, 17 et 18. Pas sûr non plus que le supermétro puisse rallier en 2024 l’espace média des JO, situé à l’aéroport du Bourget.

« Je ne suis pas sûr que l’on ait toujours dit la vérité sur la difficulté de ce projet pharaonique », a déclaré le premier ministre, insistant sur la complexité inédite du chantier. « Nous allons excaver 43 millions de tonnes de terre » pour construire ces lignes « entre 30 mètres et 50 mètres de profondeur ». Et ce, dans une compression de temps importante : « Lorsque la ligne 14 a été construite sous Paris, il a fallu neuf ans pour construire 9 kilomètres de ligne. Aujourd’hui, nous voulons en construire 200 kilomètres… et le faire en 20 ans. » Le locataire de Matignon a répété toutefois la volonté de l’État de mener à bien ce projet à l’horizon 2030 « dans toutes les composantes » et de le rendre « totalement irréversible ».

S’il a affirmé vouloir « reprendre en main » le chantier, le chef du gouvernement n’a pas évoqué de moyens supplémentaires pour accélérer la cadence, en finançant par exemple plus de tunneliers. « Nous avons porté des propositions de financements comme l’augmentation de la taxe locale sur les bureaux. Pour l’instant, rien n’est acté », ont réagi les élus PCF siégeant au conseil d’administration d’Île-de-France Mobilité (ex-Stif). Une commission a été confiée au député LR Gilles Carrez, ex-président de la commission des Finances de l’Assemblée, pour « étudier » de telles pistes.

Le chef du gouvernement n’a pas attendu, toutefois, pour annoncer une « optimisation » et une revue de chantier destinées à économiser 10 % du coût final estimé. La Cour des comptes a réévalué son montant à 35 milliards d’euros. Mais cet argent ne vient pas des caisses de l’État : il est financé par un emprunt à long terme qui sera remboursé par les entreprises et les habitants d’Île-de-France. Dans cette affaire, l’État n’apporte que sa garantie… mais cela fait entrer cette dette dans les critères du traité de Maastricht. Où se feront ces 3,5 milliards d’économies ? Édouard Philippe ne l’a pas dit. Cela pourrait se traduire par la réalisation de deux sorties de gare au lieu de trois par exemple, ou d’une baisse de leur ambition architecturale.

Des dispositifs financiers étaient prévus pour compenser les nuisances du chantier pour les commerçants et les riverains. L’évacuation de déblais par voie fluviale ou ferroviaire, plus chers que par camion, pourrait aussi être menacée… C’est la crainte de certains élus. « Nous n’accepterons pas de Grand Paris Express au rabais », prévient Jacques Baudrier, conseiller PCF de Paris et administrateur d’Île-de-France Mobilité. Il appelle à nouveau à la mobilisation de la population et des élus pour éviter un supermétro « rabougri ».

20:14 Publié dans Collectvités locales, Informations locales | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : supermetro, paris | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

24/01/2018

Isabelle Lorand : "Le président de la République veut faire un hold-up démocratique sur le Grand Paris. »

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Regards est partenaire des rencontres Niemeyer qui ont lieu au siège du Parti communiste français, à Paris, place du Colonel Fabien. Au coeur de cette journée, le droit d’habiter, la démocratie, l’égalité des territoires, etc. pour un Grand Paris connecté avec ses habitants. On en parle avec Isabelle Lorand, membre du PCF et élue locale, qui en est l’une des organisatrices.

C’est l’ambition de parler de la ville, de l’habitat, dans un parti pris qui est celui de l’égalité des territoires mais c’est aussi de jouer notre rôle de militants politiques c’est-à-dire de permettre aux gens de se mettre en débat, quelques soient leurs entrées. Des chercheurs, des praticiens, des architectes, des élus, des militants, des habitants. »
« Si on exclut la population du débat sur le Grand Paris, c’est les technocrates qui gagnent donc il faut prendre le projet à l’envers c’est-à-dire décider de ce qu’est le projet politique et en débattre. »

Sur Niemeyer, place du Colonel Fabien

« Ce bâtiment, plus que de l’architecture c’est un projet politique : le choix de faire cette œuvre d’art architecturale au cœur d’un quartier populaire c’était un projet politique. »

Sur la métropole du Grand Paris

« C’est un territoire de vie (…). Il ne faut pas que ça soit un Etat dans l’Etat. »
« Un territoire qui produit 30% du PIB de la France a un impact sur toute la France. »
« Le président de la République veut faire un hold-up démocratique. »
« Mettre ce territoire sous tutelle de la technocratie et du libéralisme, ça a un impact sur tout le pays. »
« Les habitants disent aux politiques ‘on n’attend plus de vous que vous fassiez, on attend de vous que vous nous aidiez à faire ensemble’. »
« On résiste d’autant mieux qu’on n’est pas dans la défense d’un existant nostalgique mais qu’on est porteur d’un projet audacieux et tourné vers l’avenir. »

Sur le PCF dans la ceinture rouge

« Ce qui m’importe le plus c’est de voir que ceux qui partagent nos valeurs restent extrêmement présents dans la banlieue rouge. »
« Le mot solidarité est identifié comme un fil rouge de cette banlieue (rouge). »

Sur les liens du PCF et des intellectuels

« J’ai le sentiment que le PCF a dans sa tradition longue, un lien avec les intellectuels. »
« Je crois qu’au cours de ces vingt dernières années, le lien (avec les intellectuels) a perduré mais nous n’avons pas su nous en nourrir. »
« J’espère que ces quatrième rencontres Niemeyer reconstituent un lien fécond avec les intellectuels. »

Sur les trafics et la consommation du cannabis

« Quand plus de la moitié des gamins fument du hachisch, il faut arrêter de se raconter que la loi est opportune. La loi elle doit s’appliquer à plus de la moitié des gens, sinon elle est discréditée. »
« Je suis pour la légalisation mais je ne crois pas qu’elle réglera le problème de l’économie parallèle. »
« L’économie parallèle est devenue l’économie de la survie. »

20/01/2018

Île-de-france. Dix idées pour en finir avec la galère dans les transports

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Pierre Duquesne, L'Humanité

7h37, des usagers du RER B prennent le tract des mains du sénateur PCF Pierre Ouzoulias (Hauts-de-Seine), à l’entrée de la gare de Bourg-la-Reine. Julien Jaulin/Hanslucas

Les sénateurs communistes ont interpellé hier la ministre des Transports, Élisabeth Borne, après une action matinale dans les gares franciliennes. Des solutions existent, plaident-ils, pour développer un service public de qualité.

Ils n’ont pas une minute. À 7 h 37 du matin, des dizaines d’usagers du RER B prennent le tract et filent sans prononcer le moindre mot.

Ils passent à toute vitesse devant le sénateur en écharpe tricolore Pierre Ouzoulias, présent à l’entrée de la gare de Bourg-la-Reine. Pas le temps de s’arrêter. « À un quart d’heure près, tout peut changer. On peut se retrouver dans le trafic fluide ou tomber sur une perturbation », glisse Géraldine, jeune universitaire. « Ma fille, lorsqu’elle était en stage, prévoyait deux heures de transport pour être sûre d’arriver à l’heure », confie Fabienne, 58 ans.

« Sur 10 trajets, il y en a 3, en moyenne, qui posent problème », explique une cadre pressée. « C’est entre 6 et 7 trajets perturbés sur un mois », complète une nourrice. D’autres, encore, évoquent les tensions dans les rames bondées, les malaises voyageurs de passagers comprimés qui aggravent les retards, les horaires « que l’on ne regarde même plus » et une situation telle que le fait même d’habiter à proximité de la ligne B « devient aujourd’hui un critère négatif dans un entretien d’embauche »…

Ces histoires, Pierre Ouzoulias les entend chaque jour. Et pour cause, ce sénateur communiste est lui aussi un habitué du RER B. Il le prend chaque jour pour se rendre au palais du Luxembourg, comme 3 autres sénateurs du groupe CRCE (Communiste, républicain, citoyen et écologiste). Un enjeu populaire pour lequel le groupe a demandé la tenue d’un débat dans la Haute Assemblée sur la « galère » des transports en Île-de-France.

L’exaspération légitime des Franciliens

L’exaspération légitime des Franciliens et des Franciliennes « nourrit un sentiment de déclassement et d’abandon que nous ne pouvons ignorer », a souligné hier dans l’Hémicycle Laurence Cohen, sénatrice PCF du Val-de-Marne, pour ouvrir ce jeu de questions-réponses avec la ministre des Transport.

Des solutions existent, a poursuivi la sénatrice, pour offrir aux usagers un service public de qualité. La première d’entre elles, c’est d’arrêter de le sous-financer. « Comment l’annonce de 2 000 nouvelles suppressions de postes à la SNCF va-t-elle permettre d’humaniser les gares ou de mieux entretenir le matériel ? » a interrogé Laurence Cohen après avoir dénoncé le désengagement de l’État à l’œuvre depuis dix ans. Loin de cette logique mortifère, il est urgent d’embaucher et d’« investir massivement » sur l’ensemble des lignes du RER. Il importe de respecter le calendrier de construction du Grand Paris Express, indispensable au désengorgement du réseau, tout en renforçant l’offre existante.

Pour cela, on peut trouver des financements nouveaux, plaident les sénateurs communistes. Le versement transport pourrait ainsi être augmenté pour les entreprises situées à Paris et dans les zones les mieux desservies des Hauts-de-Seine. « La TVA pourrait être ramenée à 5,5 % pour dégager des marges de manœuvre pour les autorités organisatrices », ajoute Laurence Cohen, également favorable à la mise en œuvre d’une taxe sur les parkings et les centres commerciaux. À l’ère de la COP23, une écotaxe sur les réseaux pourrait prendre en compte les coûts externes de la route. Ces mesures dégageraient 500 millions d’euros en Île-de-France et 5 milliards d’euros au niveau national, selon les calculs du groupe CRCE.

« Entre Châtelet et Gare-du-Nord, il existe un seul tunnel pour faire passer la ligne B et D du RER. Il en faudrait un deuxième pour améliorer le trafic. Cela coûte 1 milliard d’euros. Pour cela, il n’y a pas d’argent mais l’État s’apprête à donner 1,7 milliard pour construire le Charles-de-Gaulle Express, ligne confiée au privé et dont le billet coûtera 24 euros », enrage Pierre Ouzoulias. Il y a de l’argent pour financer le train pour les riches, les touristes, « mais pas pour les gens qui bossent et les trains du quotidien ».

Accroître les taxes sur les bureaux permettrait, enfin, de rééquilibrer la métropole entre l’ouest, riche en emploi, et l’est, où vivent beaucoup de travailleurs franciliens. « C’est le fond du problème, insiste Pierre Ouzoulias. Il faut cesser de penser que l’on peut apporter une réponse technique, par des infrastructures, à un problème social. Cessons de concentrer les emplois à la Défense et les logements accessibles à l’est et en lointaine couronne pour créer une métropole multipolaire. L’attractivité de Paris, c’est bien, mais la répulsivité des transports, on en fait quoi ? »

 
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