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23/01/2019

Transport. Fol acharnement de l’État sur le CDG Express

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Le projet d’une ligne directe entre Roissy et Paris risque de pénaliser les usagers du quotidien. Rejeté par les élus de tous bords, il est jugé « hautement souhaitable » par le préfet Cadot.

Le Charles-de-Gaulle Express avait du plomb dans l’aile. Ce projet de liaison directe entre l’aéroport de Roissy et la gare de l’Est, dans le centre de Paris, sans aucune desserte, doit être suspendu, avait plaidé le syndicat des transports Île-de-France Mobilités (ex-Stif), le 12 décembre 2018.

Les travaux générés par ce projet « pourraient durablement détériorer la vie quotidienne de millions de Français », avait aussi souligné la présidente LR de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, qui y était pourtant favorable au départ.

Même prise de position de la maire de Paris, Anne Hidalgo, au lendemain de cette délibération du syndicat francilien. La suspension a aussi été réclamée par le président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis (Stéphane Troussel, PS), ainsi que par ses homologues de droite du Val-d’Oise et de Seine-et-Marne.

Un appel de 100 élus, responsables associatifs et syndicalistes, publié vendredi dernier dans l’Humanité, enjoignait aussi au préfet d’Île-de-France de donner la « priorité aux transports du quotidien », prenant au mot Emmanuel Macron.

Les conditions de transport de 2 millions d’usagers menacées

La création de cette ligne de 32 km, dont 24 km sur des voies déjà empruntées par le Transilien K et le TER Paris-Laon, sur le même faisceau ferroviaire que les RER B et D, aura en effet de lourdes conséquences pour les usagers. Ce chantier serait lancé alors même que de lourds travaux doivent être effectués pour améliorer le trafic sur le RER B après des années de sous-investissement. Il sera en outre très compliqué, matériellement, de mener de front ce chantier et les travaux du Grand Paris Express.

Résultat : un risque de réduction de trafic, de vitesse sur les lignes, voire de suspension de lignes qui ne se limiterait pas aux périodes de moindre trafic (week-ends, été, soirées…), alerte l’association Non au CDG Express. « On est prêts à dégrader les conditions de transport de 2 millions d’usagers pour transporter une population restreinte (environ 17 000 voyageurs, selon les estimations) et aisée, capable de payer un billet estimé entre 24 et 29 euros », dénonce son président Didier Le Reste.

Face à cette mobilisation, le gouvernement a confié au préfet d’Île-de-France, Michel Cadot, une mission pour déterminer les projets prioritaires. Mais ce dernier ne semble pas pour autant décidé à abandonner celui du CDG Express, qu’il a encore défendu bec et ongles dans un entretien accordé lundi au Parisien. « C’est difficile à entendre pour les usagers du quotidien, mais il s’agit d’un argument de compétitivité internationale, explique-t-il. Si Roissy veut rester dans les dix premiers - aéroports mondiaux- et continuer à faire de Paris le moteur du développement du pays, cette liaison est hautement souhaitable. »

En 2019, le préfet préfère donc défendre la compétitivité que l’intérêt général… On aurait pu lui opposer que la métropole francilienne n’a pas eu besoin de cette nouvelle ligne pour devenir la deuxième région la plus riche d’Europe, en termes de PIB par habitant, devant le Nord-Ouest italien et la région londonienne. Et cela n’a pas non plus empêché cette région d’accueillir 49 millions de visiteurs en 2017… Un record.

Un projet indissociable de la privatisation d’Aéroports de Paris

Alors, pourquoi tant d’acharnement ? Pourquoi l’État s’apprête-t-il, malgré toutes ces oppositions, à gager un prêt de 2,1 milliards d’euros pour financer cette ligne qui sera gérée par un opérateur privé ? Cet entêtement ne peut être « détaché de la volonté du gouvernement de privatiser Aéroports de Paris », dénonce Didier Le Reste.

Construire cette ligne coûte que coûte est une manière « d’habiller la mariée » et de vendre à prix fort le deuxième aéroport d’Europe. « À un moment où l’aéroport est en phase de développement, avec un quatrième terminal en projet, cela vise à lui donner les moyens de son accès au centre de Paris », confirme d’ailleurs le préfet Cadot.

19/11/2018

Industrie. Hélio Corbeil, une imprimerie qui entre en résistance

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La coopérative de l'Essonne fait appel à ses soutiens pour empêcher le groupe Figaro, dont le maire de Corbeil-Essonnes est administrateur, de la couler en dénonçant le contrat qui la lie au journal.

Depuis la mezzanine, tous les yeux regardent l’immense ruban de papier tourner à toute vitesse dans les deux imposantes rotatives, grandes comme deux immeubles. Cent vingt mille exemplaires d’un magazine de 48 pages en sortent chaque heure. Elles sont le cœur de l’imprimerie Hélio Corbeil, et le clou du spectacle promis aux centaines de visiteurs qui ont poussé le portail, samedi, de la coopérative de Corbeil-Essonnes (Essonne). « On organise cette journée “portes ouvertes” pour alerter la population sur les dangers qui pèsent sur notre Scop, explique Ludovic, bobineur, et l’un des “gilets rouges” du syndicat CGT des imprimeries de presse et de la communication (SIPC-CGT) qui accueillent le public.

Le groupe Figaro veut nous lâcher en nous retirant l’impression de TV Magazine », un supplément commun au quotidien conservateur et à plus de cinquante journaux régionaux. Cet hebdomadaire, numéro un des magazines télé, « assure 80 % de la production d’Hélio Corbeil, avec plus de cinq millions d’exemplaires chaque semaine », enchaîne Stéphane, rotativiste, devant des visiteurs qui scrutent les cylindres de cuivre de plusieurs quintaux servant à l’impression par héliogravure, un procédé de grande qualité adapté aux forts tirages.

Le modèle économique de la Scop est visé

Le Figaro, propriété du groupe Dassault, entend dénoncer le contrat « au prétexte que l’imprimerie ne peut baisser ses tarifs de 20 %. Mais aucun imprimeur ne peut faire ces prix-là, sauf à s’endetter ou à bénéficier d’aides massives », explique Bruno Arasa, ex-délégué syndical d’Hélio Corbeil devenu président-directeur de la Scop en 2012, après que les anciens propriétaires, le groupe Circle Partners, ont abandonné l’entreprise fondée en 1837 par la famille Crété.

Pour les 90 salariés et leurs soutiens, derrière l’argument du prix, c’est le modèle économique et social solidaire de la Scop qui est visé. « Quand on a demandé de rapatrier le Figaro Madame, imprimé en Belgique, sur le territoire français, on nous a dit que ce n’était techniquement pas possible. Puis le groupe Riccobono (imprimeur du Figaro – NDLR) rachète une imprimerie (H2D, en Seine-et-Marne – NDLR), et là, c’est possible », ironise Gérard Letréguilly, représentant du SIPC-CGT.

Les salariés de la coopérative accusent aussi le maire de Corbeil-Essonnes, Jean-Pierre Bechter (LR), lui-même administrateur du Figaro, de vouloir couler l’usine pour récupérer les terrains. Pour Ludovic, le bobineur, l’ancien bras droit et successeur de Serge Dassault à la mairie espère ainsi faire d’une pierre deux coups : « Livrer le terrain aux promoteurs et se débarrasser de la CGT », omniprésente dans l’usine. « Ils ne veulent plus d’exemple où la CGT réussit, dénonce aussi Gérald Glancer, délégué syndical. Mais chaque salarié a mis trois mois de salaire dans la Scop. Pendant que certains se gavent d’aides et de subventions, nous, on s’endette pour travailler. »

« C’est “pot de terre contre pot de fer’’ »

En 2016, la Scop a déjà dû subir la perte de la production de Télé Star, après la rupture du contrat avec le groupe Mondadori. Malgré ces déboires, l’entreprise a investi dans une ligne de finition en 2017, et Lagardère devrait lui confier la fabrication dès 2019 d’une partie de son titre Version Femina, supplément du Journal du dimanche et d’une trentaine de journaux régionaux. « Dans cette course au moins-disant tarifaire, nous avons réussi à établir un projet d’avenir. Bien sûr, c’est “pot de terre contre pot de fer’’ », résume Bruno Arasa, qui n’entend pas « entrer dans l’engrenage de l’endettement pour faire profiter aux éditeurs de prix inférieurs à la rentabilité ».

Samedi midi, les salariés ont rassemblé autour d’un buffet fraternel tous leurs soutiens : des anciens du métier, des syndicalistes du département, des candidats à la législative partielle d’hier à Évry-Corbeil-Essonnes (le communiste Michel Nouaille, l’insoumise Farida Amrani et le divers gauche Mikaël Matingou), et même le délégué général du syndicat patronal des imprimeurs (Uniic), Pascal Bovero, ainsi que des habitants de Corbeil. « Cette entreprise ancestrale a su innover pour s’affranchir du modèle libéral, il ne faut pas laisser Bechter l’effacer de l’histoire industrielle de la ville », glisse Michel Nouaille. « On ne sera pas les sacrifiés de l’histoire ! » a lancé de son côté Gérard Letréguilly.

26/08/2018

Travail le dimanche : la cinglante réponse d'élus de gauche à des députés En Marche qui veulent "aller plus loin"

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TRIBUNE - Treize élus de Paris et de la Métropole du Grand Paris répondent à la vingtaine de députés de La République en marche qui souhaitaient, dimanche dernier dans le JDD, "aller plus loin" dans l'ouverture dominicale des commerces.

travail dimanche2.jpgDes élus "obsédés par l’attractivité commerciale", qui "n’engagent aucune réflexion sur le pouvoir d’achat des clients comme des salariés". Voilà comment des élus parisiens de gauche, autour du président du groupe communiste Nicolas Bonnet Oulaldj, qualifient des députés de La République en marche qui militent pour l'extension du travail dominicale. A leur tour, ces responsables du PCF, écologistes ou issus du mouvement de Benoît Hamon prennent la parole dans la JDD pour répondre à cette vingtaine d'élus macronistes qui souhaitaient, la semaine dernière dans nos colonnes, "aller plus loin" dans l'ouverture des commerces le dimanche.

Une société qui "verra définitivement le consommateur remplacer le citoyen"

"Une poignée de députés LREM, dont Buon Tan, élu de Paris, appelait dimanche dernier dans ces ­colonnes à "aller plus loin" dans les possibilités d'ouverture dominicale des commerces. Le plus intéressant dans leur texte n'est pas ce qui y figure mais bien ce qui est omis. Les chiffres avancés (recettes des magasins, nombre ­d'emplois créés) ne reposent sur ­aucune donnée fiable. À aucun moment les signataires ne posent les questions ­essentielles. Ils ne précisent pas combien d'emplois ont été supprimés dans les commerces situés en dehors des zones touristiques internationales (ZTI) depuis le vote de la loi Macron de 2015; ni quelle a été la progression globale du chiffre d'affaires dans les ZTI.

travail dimanche.jpgBien entendu, ils n'engagent aucune réflexion sur le pouvoir d'achat des clients comme des salariés. Si ces derniers sont autant "friands" du travail du dimanche, les auteurs ne peuvent-ils décemment admettre que c'est bien parce que les salaires dans le commerce sont ridiculement bas? Et ils osent parler de choix et d'enthousiasme!

Si de nombreux commerces de proximité ferment ou se transforment à Paris, il faut en voir les causes dans la concurrence effrénée entre les grands groupes qui dictent leur rythme à l'ensemble du secteur commercial mais aussi dans le prix du foncier et l'atonie du pouvoir d'achat.

Il faut également lire entre les lignes quand les auteurs comparent Paris à d'autres capitales européennes. Sans vouloir préserver la diversité commerciale de nos villes, ces porte-serviettes des grandes enseignes défendent les intérêts de ces marques mondialisées qui asphyxient nos villes par leur uniformité.

Ceux qui travaillent le dimanche seront privés de ce moment de respiration qui permet d'avoir du temps

travail-dimanche.jpgSi la loi Pacte exauce le vœu de ces 22 parlementaires, les petits commerçants qui font la vie de nos quartiers y perdront. Et ils ne seront pas les seuls. Ceux qui travaillent le ­dimanche seront privés de ce moment de respiration qui permet d'avoir du temps. Promouvoir la généralisation du travail du dimanche, c'est favoriser la destruction du lien social dans les milieux modestes. Les femmes (plus de la moitié des salariés travaillant le dimanche), qui ne pourront pas refuser une telle proposition en raison de la précarité de leurs contrats, seront les premières touchées.

La société voulue par les signataires est celle qui verra définitivement le consommateur remplacer le citoyen. Si l'on augmente le temps de la consommation, la ville va aller vers le plus : plus de livraisons, plus de déplacements, plus de déchets produits aux abords des commerces. Qui va pâtir de cela? Le riverain privé de calme, le personnel de ménage, de nettoyage ou encore de livraison. Mais ces derniers sont le cadet des soucis des députés de la majorité.

Les touristes sont attirés par la culture, le patrimoine et un certain art de vivre

Ces élus obsédés par l'attractivité commerciale oublient que les touristes, particulièrement à Paris, sont attirés par la culture, le patrimoine et un certain art de vivre, absolument pas par la frénésie des achats!
Nous, élus parisiens, demandons aux parlementaires qui vont examiner la loi Pacte de ne pas élargir mais bien de restreindre la loi sur le travail dominical. Avant tout débat, il est nécessaire de fournir une étude d'impact de cette loi ­(emploi, conséquences ­sociales, environnementales et financières). Avant même de légiférer, il faudra écouter les salariés, leurs organisations syndicales, les riverains, les organisateurs de transport.

M. Buon Tan et vos collègues législateurs, n'oubliez jamais la maxime de Lacordaire : 'Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit.' Entre la liberté des grands groupes et la protection des salariés comme des habitants de Paris et de banlieue, notre choix est fait."

Les signataires : 

Nicolas Bonnet Oulaldj, président du groupe communiste au Conseil de Paris
Carine Petit, maire du 14e arrondissement de Paris 
David Belliard, président du groupe écologiste de Paris
Jean-Noël Aqua, conseiller de Paris du 13e 
Marinette Bache, conseillère de Paris du 20e 
Jacques Boutault, maire du 2e 
Pascal Cherki, conseiller de Paris du 14e 
Yves Contassot, président du groupe écologiste à la Métropole du Grand Paris 
Virginie Daspet, conseillère de Paris du 20e 
Jérôme Gleizes, conseiller de Paris du 20e 
Didier Le Reste, conseiller de Paris du 10e
Nathalie Maquoi, conseillère de Paris du 20e 
Danièle Premel, conseillère de Paris du 18e

 
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