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09.10.2011

FEMMES : LE 08 MARS, C’EST DÉJÀ TRES LOIN !

100_6884.jpgLes discours sur les droits des femmes, sur l’égalité prononcés le 08 mars sont déjà loin , très loin. Je pense, sans polémiquer avec certaines associations féminines qui considèrent aujourd’hui que dans le débat sur le droit des femmes le sujet essentiel, principal, parfois unique est celui du vocabulaire : être appelé Melle ou Mme, c’est-à-dire sujet existentiel par excellence, d’autres me semblent plus fondamentaux, parce qu’il s’agit tout simplement de survie.

Une amie me disait en parlant de la réforme sur la retraite : les femmes vont particulièrement « déguster ». Malheureusement elle avait mille fois raison. Sur les 8 millions de personnes qui survivent en France avec moins de 740 € par mois l’écrasante majorité sont des femmes. Elles composent les bataillons des salariés précaires, des retraités qui ne disposent que du minimum vieillesse, l’écrasante majorité des chefs de familles monoparentales obligés seules d’élever des enfants seules. Dans le cadre de ma délégation en tant que Maire Adjoint aux seniors à Evry, je constate cette misère, parfois avec des cas extrêmes comme cette dame qui « vit » avec 50 € tous les 15 jours, ou cet autre complètement démunie après une opération chirurgicale et la demande classique du médecin demandant en « dessous de table » des dépassements d’honoraires.

Depuis le 8 mars de cette année toutes une série de faits indiquent une détérioration nette du respect dû aux femmes. Je ne reviendrai pas sur l’épisode « Dominique Strauss Khan » qui pour ma part m’a laissé stupéfait devant cet atmosphère machiste insupportable mais sur une série de faits dont je suis témoin.

Je pense au comportement social dont sont victimes les femmes. Un exemple, le gouvernement vient d’imposer par décret dans l’indifférence médiatique générale (à l’exception notable du journal l’Humanité) une diminution des indemnités journalières versées pour arrêt maladie de 3,7 % (7 % en un an). Pour les femmes, la peine est double. Une personne (c’est-à-dire essentiellement les femmes) ayant 3 enfants verra ses indemnités baisser …de 30 %.

A Evry, comme à Villabé les élus socialistes avec les élus de droite, et les employeurs, veulent imposer l’ouverture des centres commerciaux le dimanche. Les élus communistes, et quelques élus Verts se sont opposés à ces propositions. Elles vont concerner en très grande majorité les salariés femmes. Une d’entre elle disait dans le Parisien «  "Le dimanche, je m'occupe de ma famille. Mon fils, je le vois le lundi ?". D’autres employées des Galeries Lafayette se déclaraient scandalisées par une telle proposition prise sans la moindre concertation et découverte dans les journaux, quel mépris !

Une autre proposition scandaleuse prise aussi sans concertation avec les collectivités locales par le STIF (Syndicat des Transports d’Ile de France). La Municipalité d’Evry, permet aux personnes âgées de plus de 65 ans et aux personnes handicapés qui vivent avec des revenus minimums de bénéficier du transport gratuit sur notre agglomération. Cela concerne près de 500 personnes, dont 80 % de femmes. Le STIF vient de décider d’annuler cette convention qui permettait l’application de cette mesure importante pour lutter contre l’isolement des personnes, et le maintien de leurs autonomies, sans aucune proposition de remplacement. Quelle honte !

femmes,droits,injustice,evryUn autre fait passé scandaleusement tu. Les femmes se battent bien, mais la aussi elles subissent la répression à tous les niveaux. Ainsi, cette semaine, lors d'une manifestation du secteur médico-social et social les forces de l'ordre ont gazé et chargé un rassemblement de 1500 à 2000 personnes, essentiellement des personnels soignant et sociaux, et dont les femmes étaient les plus nombreuses. Trois d’entre elles ont été à cette occasion très grièvement blessés, dont une, secrétaire CGT d’un syndicat d’une clinique se trouve entre la vie et la mort. Le « baston » ce n’est malheureusement pas uniquement que dans certains couples qu‘il a lieu à l’encontre des femmes, mais également dans la société. Travaille et tait toi, semble être le mot d’ordre le plus répandu.

Les élections sénatoriales viennent de se dérouler. Qui sait que la représentation féminine déjà minoritaire a été encore réduite. Les sénatrices ne sont plus que 77 sur 348 au lieu de 80 sur 343 précédemment. Seul le groupe communiste assure une parité parfaite avec 11 femmes sur 21 sénateurs.

Mesures après mesures, les droits sociaux sont remis en cause. C’est vrai pour les retraites, pour le temps de travail, pour le respect humain. Nous sommes tous concernés, mais les femmes en subissent le plus, et de loin, les conséquences parce qu’elles les plus précaires, les plus fragilisées, et assument l’essentiel de l’éducation des enfants. Aujourd’hui le recul est généralisé, ne laissons pas faire, ne restons pas indifférents, révoltons nous…

diego1.jpgDiego Diaz, Maire adjoint d'Evry

19.09.2011

La surenchère sécuritaire du pouvoir 
va de pair avec la privatisation des prisons

verzeletti.jpgPar Céline VERZELETTI, Secrétaire Générale de la CGT Pénitentiaire :

Depuis plus de trente ans, la France vit au rythme des différents prison.gifmatraquages idéologiques sécuritaires. Cette surenchère – que la CGT pénitentiaire a toujours condamnée – se traduit à la fois par une très forte augmentation de la population carcérale et par une élévation conséquente des «  peines  » prononcées. Par exemple, depuis l’affaire dite de Pornic, hypermédiatisée par le chef d’État et qui a mis en lumière l’état de délabrement de l’ensemble du système judiciaire, les taux d’incarcération présentent une croissance significative. En effet, entre le 1er janvier et le 1er août, le nombre de personnes détenues est passé de 60 544 à 64 726, mineurs compris, pour 56 081 places en prison, soit une augmentation de 4 182 détenus en sept mois  !

Les incarcérations et les condamnations sont plus nombreuses. La durée moyenne du temps passé sous écrou, qui n’a cessé d’augmenter depuis quarante ans, atteint actuellement sa valeur maximale (4,3 mois en 1975 pour 9,8 mois en 2010).

Le gouvernement français prétend que l’agrandissement du parc pénitentiaire (nombre de places de prison) est la solution aux surtaux de population carcérale  ! Pourtant, plus il construit de places de prison, plus il fait augmenter la population pénale en multipliant les lois sécuritaires et liberticides.

En vingt ans, pas moins de 30 000 places de prison ont été créées. C’est loin d’être terminé  ! Michel Mercier, ministre de la Justice, annonce un parc pénitentiaire de plus de 70 000 places pour 2018  ! Il y aura 25 nouveaux établissements en partenariat public-privé (PPP) (coût  : 5 844 millions d’euros) et sept nouvelles extensions.

En 1999, dans la recommandation du 30 septembre sur le surpeuplement des prisons et l’inflation carcérale, le Comité des ministres de l’Europe, unanime, affirmait que l’extension du parc pénitentiaire n’est pas la solution au surpeuplement des prisons  ! Pourtant, depuis 1999, le gouvernement français ne suit en aucun cas ces recommandations, bien au contraire, il construit toujours plus de prisons et en PPP  !

Cette privatisation des prisons est très coûteuse pour l’État. Le 21 juin, le rapporteur général de la commission des Finances de l’Assemblée nationale précise, dans son commentaire du rapport annuel de performance de la mission «  Justice  »  : «  Les loyers versés dans le cadre des partenariats public-privé progressent toujours  : de 31 millions d’euros versés en 2009, ils passent à 58,7 millions d’euros en 2010. (...) La part prise par les loyers au sein des crédits de fonctionnement s’accroît, réduisant la marge de manœuvre pour l’entretien des établissements pénitentiaires gérés en régie et les autres dépenses telles que la santé des détenus.  »

Mais elle permet sans aucun doute d’assurer de beaux profits aux sociétés privées… À titre d’exemple, Bouygues a obtenu récemment le lot 3 du plan « 13 200 places ». Il comprend la conception et réalisation de trois sites (Nantes, Réau et Lille-Annœullin). Pour ces trois prisons, le contribuable versera, pendant vingt-sept ans, 47 millions d’euros hors taxes par an, soit 1 milliard et 269 millions d’euros au terme des vingt-sept ans (la construction d’un site coûte au prix du marché 90 millions d’euros).

Pierre Berger, tout nouveau PDG d’Eiffage, annonçait, fin juin, avoir l’intention de vendre quatre prisons en PPP afin de restaurer les marges du groupe et réduire sa dette  ! L’entreprise espère engranger ainsi entre 300 millions et 400 millions d’euros  ! Si, aujourd’hui, les personnes incarcérées et le travail des agents servent à sauver Eiffage via la vente de quatre prisons, demain à qui le tour  ?

Les services publics serviront-ils, dans peu de temps, à sauver les actions des géants du BTP ou d’ailleurs au lieu de répondre à des besoins sociaux  ? La CGT s’y opposera dans tous les cas. Il s’agit là d’un véritable scandale. Les prisons ne sont pas à vendre. Dans l’urgence, elles devraient plutôt être réhabilitées et repensées pour ne plus être des lieux de souffrance et de violence.

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02.09.2011

Sexe, genre et sexualité : rentrée chaude pour la droite !

regles.jpg80 députés UMP et du Nouveau Centre, dans le sillage de Christine Boutin, présidente du Parti Chrétien Démocrate, et d’associations familiales catholiques, soutenus par Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP, s’indignent du contenu de certains manuels de sciences de la vie et de la terre (SVT) de la classe de 1e qui traitent de la distinction entre l'identité sexuelle, le genre et l'orientation sexuelle. Il s’agit pour eux de défendre leur vérité, héritée d’une conception religieuse de l’humanité.

Or, science et vérité ne font pas bon ménage. La science est le reflet de l’état des recherches et des savoirs à un moment donné : elle est en perpétuelle évolution et ne peut s’accommoder d’un ordre figé, fondé sur des croyances édictant des vérités immuables à tout jamais.

Des biologistes, des neurobiologistes, des généticien-ne-s, … s’accordent pour dire qu’il existe une distinction entre le sexe, le genre et la sexualité :

- un sexe pluriel (chromosomique, hormonal, gonadique,…) qui ne détermine à l’avance ni le genre ni la sexualité d’un individu ;

- un genre qui traduit la construction sociale et culturelle de la différence des sexes et varie en fonction des époques, des lieux et des milieux socioculturels,

- et une sexualité potentiellement variable tout au long de la vie, sans corrélation avec le sexe ou le genre de l’individu qui la pratique.

C’est dans cet état des savoirs scientifiques que s’inscrivent le nouveau programme de SVT et les manuels incriminés.

Pour justifier l’archaïsme de leur position, ces parlementaires mettent en avant « la confusion » et « l’absence de repères » que pourraient créer chez un-e jeune l’apprentissage de la théorie du genre.

Comment un concept qui permet de déconstruire les argumentations essentialistes fondées sur un prétendu déterminisme biologique pour discriminer les individus en fonction de leur sexe, de leur sexualité ou du genre qu’ils se donnent, peut-il créer de l’insécurité et de l’angoisse ?

Notre société ne l’est-elle pas davantage par les discriminations, les violences et la précarité qu’elle génère ? Ces parlementaires auraient-ils oublié les conclusions du rapport sur les discriminations en milieu scolaire remis au ministre de l’Education le 22 septembre 2010 : l’ampleur de l’homophobie et du sexisme à l’école nécessitent que l’institution agisse contre ces discriminations pour sécuriser le parcours scolaires des élèves qui en souffrent ?

Vouloir balayer les apports scientifiques du genre, ce n’est pas protéger les jeunes, c’est au contraire les fragiliser en reculant sur la lutte contre le sexisme et l’homophobie.

Consciente de cette situation, j’ai fait adopté par la Région en octobre 2010, le dispositif "Jeunes pour l'égalité" afin d'engager les jeunes dans une démarche active et participante contre le sexisme et l'homophobie, et en faveur de la laïcité en tant que principe fondamental pour vivre ensemble, en toute égalité, au-delà les différences d'opinion.

Le Pass Contraception mis à disposition des jeunes, filles et garçons, depuis février 2011, s'inscrit dans cette même volonté de donner aux jeunes des moyens de construire leur propre sexualité, en toute liberté, c'est-à-dire en ayant accès à des spécialistes qui peuvent leur transmettre des connaissances précises pour qu'ils et elles vivent une sexualité libérée de craintes obscurantistes ou de menaces d'éventuelles maladies sexuellement transmissibles ou de grossesses non désirées.

Enfin, par la gratuité des manuels scolaire, la Région investit pour que chaque jeune étudie dans les meilleures conditions et ait accès par ces nouveaux manuels aux connaissances les plus actuelles. Les manuels de SVT incriminés ne méritent pas la fronde actuellement menée par des députés terrorisés par l'idée de la multiplicité et de la variabilité de l'identité. Chacun-e de nous a en effet pu en faire l'expérience : nous ne sommes pas les mêmes à 5 ans ou à 20 ans, tout en restant la même personne.

henriette.jpgHenriette Zoughebi, Vice-présidente communiste du Conseil régional d'Ile-de-France en charge des lycées et des politiques éducatives

22.04.2011

Le local, un lieu de la lutte contre l’abstention et le Front national

amiable.jpgTribune de Marie Hélène AMIABLE, maire de Bagneux, députée des Hauts de Seine sur le site du "Le Monde" - 21 avril 2011 :

Les dernières élections cantonales ne sont pas une péripétie que l’on pourrait oublier en pensant déjà aux élections présidentielle et législatives de 2012. Elles constituent une sonnette d’alarme pour tous les élus locaux. Députée-maire d’une ville qui n’avait pas de canton renouvelable, je me sens malgré tout bousculée par le message envoyé par les électeurs. C’est de cela qu’il nous faut parler.

Et tout d’abord l’abstention. Les niveaux atteints sont sans précédent. Ils disent la fracture ressentie par les Français entre la classe politique et leur vie quotidienne. Pourtant, une telle abstention ne traduit pas un retrait de la vie civique. Les mobilisations sociales, le succès des livres de Stéphane Hessel (Indignez-vous !) ou encore celui des sociologues Pinçon-Charlot (le président des riches) témoignent de l’implication de nos concitoyens. Bagneux, ville très populaire des Hauts-de-Seine, département le plus riche de France, n’est pas à l’écart de ces mouvements de fond aux effets contradictoires. Ses habitants vivent une vie difficile, ressentie comme injuste et que beaucoup ne supportent ni ne comprennent. Mais ils doutent des capacités de nos institutions, de leurs élus à surmonter cette situation.

Face à cela, en cette période de mi-mandat municipal, il serait tentant de dresser la liste de nos actions en faveur de nos administrés. Ce serait justifié… et insuffisant. Car les discours en surplomb ne passent plus. Les citoyens veulent juger, élaborer, estimer par eux-mêmes. Nous devons répondre et légitimer cette attente car ces approches non expertes sont essentielles pour changer la vie et la ville.

Il ne faudrait pas davantage lire ces marques de défiance comme l’épuisement du rôle politique des institutions locales. C’est souvent par cet échelon que les catégories populaires, les jeunes, les migrants accèdent à une citoyenneté active. Mais pour que ce terreau de l’engagement civique continue d’être fertile, l’effort de renouvellement doit être radical. Le pire serait de "dépolitiser", de "techniciser" les enjeux locaux. Ils doivent être rendus accessibles à tous, discutables par tous, chacun selon ses disponibilités, ses centres d’intérêts, son expérience.

cq101207.jpgQuand l’enjeu est la production d’une nouvelle culture démocratique, participative, quand il s’agit de réinventer la citoyenneté, il n’y a pas de chemin rapide. Il n’y aura pas de solutions qui contournent un rapport proche, quotidien, direct entre élus et habitants. Il faut prendre du temps et faire des expérimentations. Oser, par exemple, sortir des codes usés de la parole publique. A Bagneux, nous nous engageons sur des chemins de traverses dans nos façons de faire et de dire. Nous lançons un festival citoyen, Hop !, qui, avec sa quinzaine de rendez-vous, veut être un laboratoire pour réinventer l’institution communale, moderniser son service public, relancer l’envie de politique, élargir le cercle des participants.

La montée du Front national est l’autre leçon que je retiens de ce scrutin. Par calcul et par porosité, la droite gouvernementale a ouvert un boulevard au Front national. Pour contrer l’idéologie qui fabrique des boucs émissaires, les discours ne suffiront pas. La crainte du déclassement et de la relégation hante les catégories populaires et les petites classes moyennes. En région parisienne cette inquiétude se cristallise notamment dans les transformations en cours avec le Grand Paris. Tous aspirent à vivre dans la métropole moderne… et beaucoup craignent d’en être exclus. Le défi est immense : contre la tendance à l’appauvrissement des villes pauvres, nous portons le projet d’une ville attractive accueillante aux nouvelles catégories sociales, sans chasser ceux qui vivent ici. Contre la culture du ressentiment et de la peur nous faisons le pari de l’ouverture. Je ne sous-estime pas la difficulté de tels choix. Mais nous ne pouvons manquer ce rendez-vous. Ce serait explosif.

cq051206.jpgContre le Front national, il est vital de montrer, par l’expérience vécue, que nos concitoyens ont tout à gagner à mieux se connaître, à s’enrichir des diversités culturelles, à vivre ensemble et non côte à côte, à inclure et non à exclure. Ils ont à redécouvrir que c’est en résistant qu’on reste debout. Nous devons aller plus loin et faire la démonstration que les jeunes ont du talent, que l’histoire coloniale se dépasse en la connaissant... Nous devons donner un sens explicite à nos actions quotidiennes comme par exemple ces aménagements urbains qui sont autant de lieux pour la rencontre, qui sont autant de traduction concrète de notre projet politique.

La progression de la gauche lors de ce scrutin traduit, malgré les doutes, la persistance de l’aspiration au changement. Comme députée communiste, je pense que cela met la gauche, toute la gauche, devant la responsabilité de porter un projet véritablement alternatif. Cela passe par une bonne dose d’inventivité, de créativité, de bas en haut. Les élus locaux ont leur part à prendre dans ce chantier. 

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31.10.2010

Au secours, la « TVA sociale » revient ! (ou quand Manuel valse avec le Medef)

par Charles Arambourou militant au Front de Gauche ; praticien des finances publiques. Tribune publiée par Respublica

marche.jpgDans le numéro 642 de Respublica, nous attirions l’attention sur le « danger de l’intérieur » que représenterait, pour la gauche, la fiscalisation des prélèvements sociaux proposée par le PS. Mais il est toujours possible de faire pire, comme le prouve la Tribune Libre signée Manuel Valls et Jean-Marie Le Guen, parue dans le Monde du 14 octobre dernier.Reprenant « sans tabou » un thème de la droite et du MEDEF, ces deux socialistes proposent ni plus ni moins : « une augmentation de la TVA, en substitution d’une part des charges sociales payées par l’employeur (…) ». Bref : une « baisse du coût du travail » pour « améliorer (…) la compétitivité » des entreprises –traduisons : pour rétablir les profits. La lutte des classes, ou Robin des Bois à l’envers…

Renvoyons donc à l’analyse faite dans Respublica n° 642, en en remettant une petite couche : l’origine des « déficits sociaux », c’est le partage inégal de la valeur ajoutée, la part du capital s’accroissant au détriment de celle du travail (salaires + protection sociale). Le chômage en est une des causes, mais pas la seule, puisque les gouvernements de gauche et de droite n’ont cessé de baisser les cotisations patronales (au nom justement de la « compétitivité » !).

Donc, pour sortir de là, pas besoin d’avoir fait l’X pour conclure qu’il faut affecter une part plus grande du PIB (la richesse produite, somme des valeurs ajoutées) à la protection sociale. Erreur, nous disent Valls et Le Guen : il faut donner encore plus au capital, et faire payer le tout par l’impôt indirect !
Ces « camarades des patrons » (comme les Allemands avaient baptisé le chancelier social-démocrate Schroeder) entonnent la rengaine du « libéralisme pour les Nuls » : « crise de l’Etat providence », « prélèvements obligatoires », « déficits publics », « mondialisation », tous épouvantails chargés d’éviter au bon peuple la réflexion, et de l’inciter à la soumission. Par les temps de manifs qui courent, on leur souhaite bien du plaisir. Cerise sur le gâteau, ils se réclament hardiment de la « justice » !

En réalité, la substitution de la « TVA (anti) sociale » à la « part patronale » (élément du « salaire socialisé ») démantèlerait notre système de financement de la protection sociale, fondé sur les prélèvements mutualisés sur la richesse créée à la source. Brillante contribution au « détricotage du programme du Conseil national de la Résistance » appelé de ses vœux par le MEDEF !

depression_van_gogh.jpgAlors rappelons-le une bonne fois : la TVA est ce qu’on fait de plus injuste et inefficace comme impôt !
Injuste, car elle frappe tout le monde, mais de façon dégressive avec le revenu : les pauvres, qui consomment ce qu’ils gagnent, payent plein pot ; les riches, qui ne consomment qu’une partie de leurs revenus, épargnent « hors TVA ». A l’inverse, l’impôt sur le revenu est progressif (de moins en moins, hélas !). La part prépondérante prise dans les ressources fiscales par les impôts indirects (dont la TVA), au détriment des impôts directs, est en elle-même inéquitable.

La TVA ne frappe par ailleurs que les biens et services finaux vendus, dont les prix la répercutent sur le consommateur : elle est en revanche remboursée aux entreprises sur leurs consommations intermédiaires (intégrées dans leurs prix de revient). Le consommateur (dont la masse des salariés) n’a pas le choix : c’est lui qui acquitte l’essentiel de la TVA, les prix étant fixés par le producteur !

Voilà une des causes de l’inefficacité de la TVA. N’en déplaise à Valls et Le Guen, qui proposent, pour nous consoler, d’exclure de la TVA à taux plein les « biens de première nécessité » (dont certains -le savent-ils ?- déjà exemptés), une baisse de la TVA permet pour l’essentiel aux entreprises d’augmenter leurs marges. Ainsi, selon la Cour des comptes, la réduction du taux de TVA sur la restauration coûte plus cher qu’elle ne rapporte, et n’a pas entraîné les créations d’emplois annoncées !

Il y aurait encore beaucoup à dire sur les propositions citées : à défaut d’efficacité sociale et économique, elles peuvent sûrement contribuer à la relance… de la « machine à perdre » du PS.

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05.10.2010

Un nouveau coup de massue

berson.jpgPar Michel Berson, président du conseil général de l’Essonne, trésorier de l’assemblée des Départements de France.

Lors de la présentation du projet de loi de finances 2011 devant le comité des finances locales, le ministre du Budget, François Baroin, a confirmé le «gel en valeur» des dotations de l’État aux collectivités locales pour les trois années 2011, 2012 et 2013.

 Derrière le terme de « gel en valeur », il s’agit en réalité d’une diminution bien réelle des dotations de l’État qui seront bloquées sans prendre en compte ni l’inflation ni la croissance des besoins des collectivités.

 Les Françaises et les Français seront les premières victimes de ce coup de massue. Les collectivités locales assurent en effet des services publics de proximité et participent directement au pouvoir d’achat des Français. Ainsi, les départements financent les grandes allocations de solidarité : le RMI et RSA pour les familles en difficulté, l’APA pour les personnes dépendantes, la PCH pour les personnes handicapées.

 Ce coup de massue est inacceptable car il conduira à l’asphyxie financière des collectivités locales qui sont déjà étranglées par les transferts non compensés. La dette de l’État à l’égard des collectivités locales ne cesse de grimper d’année en année. Pour les seuls départements, elle atteint 4 milliards d’euros par an pour les allocations de solidarité. Ce coup de massue est injuste car le gouvernement veut faire porter le chapeau aux collectivités locales et faire croire qu’elles seraient responsables des déficits et de la dette publics. Or les collectivités locales sont bien gérées et leurs comptes sont sains.

 Par la loi, les régions, les départements et les communes doivent voter leur budget en excédent : il leur est interdit de faire des déficits. Ce coup de massue est enfin inefficace car les collectivités locales financent entre 70 % et 75 % de l’investissement public dont nous avons tant besoin pour relancer la croissance et préparer l’avenir. Si le redressement des comptes publics est indispensable, le véritable courage politique n’est pas de vouloir diminuer sans cesse la dépense publique mais bien d’engager une réforme ambitieuse de notre système fiscal afin de financer durablement les services publics de proximité par la solidarité nationale.

Publié par le journal l'Humanité

 
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