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20/03/2010

Les grands nus existentiels de Lucian Freud

freud.jpgLe Centre Pompidou expose le peintre anglais de quatre-vingt-huit ans, devenu un maître en poursuivant un parcours atypique, hors mode, hors formatage.

 

Quelle bonne idée a eu Cécile Debray d’ancrer l’exposition 
Lucian Freud dans l’atelier du maître ! Car là est la clef de son grand œuvre  : depuis plus de soixante ans, ce peintre reproduit le même dispositif, travaillant debout, sur le vif, au chevalet, de jour comme de nuit, dans le huis clos de trois ateliers successifs, face à des modèles vivants, mis à nu, dont il exige qu’ils se rendent disponibles le temps d’interminables pauses.

Tout se joue dans sa gestualité, dans son « faire ». Comme on aimerait se cacher dans son atelier et, le voyant engager son corps, sous l’emprise de l’excitation que lui procure son modèle, saisir comment prend l’épaisseur d’un art qui se projette bien au-delà de la figuration et qui tente de capter la formation d’un sentiment existentiel  !

 

Le mal-aimé de la critique et ignoré du public

Dans les salles du Centre Pompidou, face à ces minutieuses mises en scène, on ressent une vérité d’incarnation, un rendu de la lumière, une animalité et une densité réflexive des êtres qui forcent le réel, l’intensifient.

Comment expliquer, face à pareille hallucination des sens, le malentendu qui a longtemps affecté l’œuvre de Lucian Freud, mal-aimé de la critique et ignoré du grand public  ?

 

En 1987, lors de la première exposition au Centre Pompidou, le contexte, déjà, est stigmatisant. La polémique sur la fin de la peinture bat son plein. Et il déboule, lui, avec des toiles qui se constituent à la manière d’un organisme, qui prennent corps dans le tactile d’une matière filandreuse, empâtée jusqu’au grumeau  !

 

freudcourbet.jpgfreud1.jpgMais c’est surtout son réalisme, l’intrusion violente de ses corps qui déstabilisent. Car ce n’est pas du nu académique, esthétisant, qu’il amène dans son atelier, non  ! Dans un décor pourri – évier sale, canapé crevé, fauteuil élimé, environnement déprimant –, il peint sa mère vieillissante, agonisante, mais aussi des chairs humaines et animales mélangées, vautrées l’une contre l’autre, ou de nombreux modèles masculins dans une impudence qui ne fut égalée, pour la femme, que par Courbet dans l’Origine du monde.

 

Plus tard, on aura confirmation de ce tempérament transgressif, lorsque Freud choisira pour modèles le corps disgracié, obèse, d’une employée et celui, lui aussi hors normes, du chorégraphe transformiste londonien Leigh Bovery…

Mais toutes ces années, ce qui gênait peut-être tant, c’est que le peintre, certain qu’« un corps tout nu renvoie le regard, réfléchit le peintre, peint le peintre », reprenait inlassablement son autoportrait, et qu’il allait finir, à soixante-dix ans, par nous le livrer brosse et palette à la main, en godillots, émacié et nu comme un ver…

Lucian est bien le petit- fils de Sigmund

 

Entre-temps, l’artiste, qui ne savait peindre que ses compagnes ou enfants, a ouvert son atelier au monde. Après la mort de son ami Francis Bacon, avec lequel il échangeait beaucoup, il s’est mis à travailler d’après Watteau, Chardin, Cézanne, Picasso…, reconnaissant que l’art vient de l’art.

 

freud_queen.jpgEt il est devenu le peintre vivant le plus coté. Le dimanche d’avant le vernissage, le peintre de quatre-vingt-huit ans, fin, sec, destroy, visite l’exposition. Lui qui a posé pour Giacometti, qui a peint la reine d’Angleterre, qui travaille encore comme Matisse, s’émeut de revoir de vieilles toiles prêtées par des collectionneurs. Il fait toujours scandale, son réalisme est plus que jamais tendu par le travail de l’inconscient et l’on se dit que, décidément, Lucian est bien le petit-fils de Sigmund.

 

Magali Jauffret, pour l'Humanité

 

Au 6e étage, Centre Pompidou, jusqu’au 19 juillet. Lucian Freud, l’atelier, sous la direction de Cécile Debray. Éditions Centre Pompidou, 256 pages, 44,90 euros. Chefs-d’œuvre, reprises, photos d’atelier, citations… l’indispensable catalogue  !

 « Toute œuvre est un portrait. » (Lucian Freud)


 
Grand' Art - Lucian Freud 2
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18:59 Publié dans Evénements | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lucian freud, centre pompidou | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

26/02/2010

Turner et l’ivresse de la lumière

turnercalais.jpgAu Grand Palais, à Paris, «  Turner et ses peintres  ». Une exposition pour mieux comprendre
le parcours 
du plus singulier des peintres britanniques.

Sans doute faut-il commencer par la fin si l’on veut mettre en lumière ce que la nouvelle exposition du Grand Palais à Paris consacrée à Turner, sous le titre «  Turner et ses peintres  », peut avoir de singulier. La fin si l’on peut dire, alors que le peintre, né en 1775, approche de ses soixante-dix ans, ce sont ces toiles où les formes se noient dans la saturation lumineuse et l’explosion de la couleur, les tourbillons de la matière. Le Lac de Lauerzer et le Mythen, en 1848, les Chutes de la Clyde, vers 1845, ou encore cette formidable Tempête de neige, en mer, en 1842, que le peintre aurait lui-même vécue et à propos de laquelle on dit qu’il s’était fait attacher au mât, non pour entendre le chant des sirènes mais la grande symphonie chaotique des éléments déchaînés.

La copie des maîtres fait partie du parcours de tout artiste

Partir de la fin car l’exposition, dont on ne doute pas du succès, met en évidence avec pertinence d’où part Turner, mais cela n’a de sens que si l’on voit où il arrive. L’imitation, voire la copie des maîtres font partie du parcours de tout artiste, aussi grand soit-il, et c’est même la marque des plus grands que d’assumer leurs sources. À la Royal Academy of Arts de Londres, Turner entendra les discours de son président, le grand portraitiste sir Joshua Reynold  : « Étudiez donc les œuvres des grands maîtres pour toujours. Étudiez-les d’aussi près que vous le pouvez, à la manière et selon les principes qui les ont eux-mêmes guidés. » Mais aussi ceci, essentiel  : « Considérez-les à la fois en tant que modèles à imiter et en tant que rivaux à combattre. »

Turner est entré à quatorze ans à la Royal Academy. Fils d’un modeste barbier mais animé par une solide ambition, il va beaucoup produire, beaucoup imiter, découvrant en même temps Rembrandt, Poussin, Claude Lorrain, dont un tableau l’aurait fait fondre en larmes. En 1813, il reprend, de Poussin, le thème du déluge et rajoute le rougeoiement d’un soleil de fin du monde, des trombes d’eau monstrueuses. En 1828, il reprend, de Claude Lorrain, un port de mer au soleil couchant, mais son soleil touche à l’ivresse et la lumière est partout. La lumière, il la prend aussi chez Rembrandt, dorée quand elle nimbe le corps de Bethsabée ou le philosophe  ; chez Watteau, dans les lointains où se dessine Cythère… Il va la porter à l’incandescence, qu’il s’agisse de marines, de scènes mythologiques comme dans Mercure envoyé pour avertir Énée, en 1850, d’un train dans la fumée… Il donne à voir autrement. Avant Turner, dira Oscar Wilde, « il n’y avait pas de brouillard à Londres ». Il est toujours facile, après coup, de voir ce que l’œuvre d’un peintre a pu anticiper des temps qui l’ont suivi. On a dit de Turner qu’il annonçait l’impressionnisme. C’est un peu une illusion d’optique. La lumière de Turner est un emportement, pas un réalisme. Il est plus proche en un sens de Gustave Moreau et du symbolisme. On dirait qu’il pressent l’abstraction, mais peut-être cherchait-il seulement à éblouir ses contemporains. On reste un peu pantois, toutefois, devant ses Trois Marines, de 1827. Des bandes de couleur horizontales. Tiens, se dit-on, on dirait un Rothko..

Maurice Ulrich, l'Humanité

Jusqu’au 24 mai 2010. 
Catalogue édité par la Réunion 
des musées nationaux. 290 pages. 39 euros.

turneraut.jpgTURNER WILLIAM

Peintre anglais, né à Londres le 23 avril 1775, mort à Chelsea le 19 décembre 1851.

Fils d'un pauvre perruquier, il se lia dans son enfance avec Thomas Girtin et peignit comme lui des aquarelles (cet artiste très bien doué mourut à vingt-sept ans, à la suite de débauches): les deux amis intéressèrent à leurs efforts le docteur Munro qui leur permit de copier les dessins de sa magnifique collection et achetait une demi-couronne leurs croquis.

Les grands peintres


Exposition "Turner et ses peintres"
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02/01/2010

JACQUES DUTRONC A EVRY

dutronc.jpgAprès 17 ans d'absence au plateau, revenu de son paradis corse Jacques Dutronc revient pour 52 récitals  programmées de janvier à mai 2010 (coup d'envoi le 8 janvier à Evry, dans l'Essonne) dont la bagatelle de cinq concerts au Zénith de Paris (du 12 au 16 janvier).

 

Une reprise de 24 titres couvrant pour l'essentiel la période faste 1966-1975, ainsi que son tube Merde in France (1984) et Madame l'existence, tiré de son dernier album publié en 2003 feront partie de son répertoire.

 

Sa voix a pris un ton par rapport à 1966. "Si toutes mes tournées sont espacées de 17 à 20 ans, oui, c'est logique [il n'y en aura pas d'autres]", signale-t-il encore dans un sourire.


 
Déjà en promo la semaine dernière au Grand Journal de Michel Denisot, Jacques Dutronc avait séduit l'assistance en enchainant quelques uns de ses plus beaux tubes.

Dans une interview accordée à Mireille Dumas récemment, son fils Thomas avait expliqué qu'au détour d'une conversation de famille, il avait réussi à convaincre son vieux de rebrancher le micro.

 

10:25 Publié dans Evénements | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : jacques dutronc, evry, récital, première | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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