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09/03/2011

A POLE EMPLOI : FEMME SOIS BELLE ET CHOME !

femmes.jpgDes ateliers « relooking » pour les femmes au chômage ? C’est l’idée lancée par l’organisme public et une fondation privée pour les aider à retrouver du travail. Une opération de communication à bas coût, fondée sur des principes idéologiques douteux, entre séduction et culpabilisation.

«Eh bien voilà, avec cette journée, vous n’avez plus d’excuses ! », lance Christine Salaün, présidente de la fondation Ereel. Face à elle, dix femmes au chômage inscrites à Pôle emploi l’écoutent avec attention. Jusqu’à cette journée du mardi 22 février, ces femmes auraient-elles cherché des excuses pour ne pas retrouver du travail ? Auraient-elles, même volontairement, négligé leur apparence au point de se voir exclues du monde du travail ?

Depuis janvier 2011, Pôle emploi d’Île-de-France, en partenariat avec le Fonds de dotation Ereel, propose aux femmes « demandeuses d’emploi de longue durée, bénéficiaires du RSA, qui ont de faibles revenus ou sont en situation de handicap » de participer à un atelier « relooking ». Une journée pour « apprendre à se présenter, à s’exprimer devant un futur employeur, mais aussi à convaincre sans stress et avoir confiance en soi  ». Tout un programme. La deuxième édition s’est tenue à l’école internationale d’esthétique-parfumerie Régine Ferrère, rue du Faubourg-Saint-Honoré, dans le 8e arrondissement de Paris.

Dans l’ambiance feutrée d’un salon de coiffure, entre les miroirs, la penderie, les rouges à lèvres et les fauteuils, elles sont dix femmes au chômage et presque autant de journalistes, micros et caméras. Il y a aussi l’équipe bénévole : deux jeunes apprenties maquilleuses, une styliste, un coiffeur, une spécialiste en manucure, Christine Salaün de la Fondation Ereel, Régine Ferrère, directrice de l’école, et des conseillères de Pôle emploi. Sélectionnées et choisies à la seule condition d’accepter de se prêter au jeu des médias, les dix femmes sont donc là, en théorie, pour augmenter leur chance de trouver du travail.

Ecouter les conseils des « coachs beauté »

relooking.jpgLa plupart sont assistantes, opératrices, secrétaires. Toutes au chômage depuis au moins deux ans et âgées de quarante ans et plus. Pendant la journée, elles vont écouter sagement les conseils de professionnels, les « coachs beauté » : soins de la peau (qu’il est important de « bien préparer »), maquillage (qualifié de « mise en beauté pour un entretien »), mains et ongles (« l’importance des mains pendant un entretien »), coiffure, et enfin atelier « image de soi » pour « savoir quelle couleur choisir pour mettre en valeur son teint et ses cheveux ».

L’image, c’est donc là que tout se joue pour un travail ? « Pôle emploi mène une campagne pour que les demandeurs communiquent mieux avec leur image et leur CV. « À compétences égales, on sait que le stress joue énormément dans un entretien d’embauche », justifie Anne-Laure Germond, de Pôle emploi. « La première image, c’est celle que l’employeur garde en tête. Il vaut mieux privilégier une apparence qui cadre. Une erreur de jean, de maquillage trop chargé, peut être fatale », ajoute Christine Salaün. Voilà, on y est. Les femmes qui sont au chômage doivent jouer la carte du charme. C’est à elles de faire un effort, à elles de plaire. Une manière de réduire le rapport des femmes au travail à un jeu de séduction et de gommer ainsi un enjeu essentiel, à aucun moment évoqué pendant la journée : les compétences de ces femmes à l’intérieur d’un marché du travail en crise.

Membre d’honneur de la fondation Ereel, Régine Ferrère détaille sa perception des chômeurs : « Quand on est licencié, on a un choc. Le téléphone ne sonne plus. On n’est plus dans la vie. Nous, on est là pour leur faire prendre conscience qu’un employeur accorde beaucoup d’importance au physique et à l’aisance. Si vous êtes bien dans votre peau et que vous avez confiance en vous, vous pouvez donner envie à l’employeur de vous embaucher. Il faut le séduire. C’est comme dans un couple. Quand on n’est pas bien le matin, il faut avoir la fierté de donner la bonne image de soi. Et ce n’est pas toujours la faute des autres. C’est dur pour tout le monde. » Voilà, sans détour, l’idée de la culpabilisation qui monte. L’idée que, au fond, si on se laisse aller, on n’a qu’à s’en prendre à soi-même. La responsabilité individuelle se dessine et, en creux, un rapport de domination admis et inéluctable entre le demandeur d’emploi et le recruteur.

jerome5.jpgPendant qu’elle se fait maquiller par une jeune apprentie de l’école d’esthéticiennes, Martine répond volontiers aux sollicitations d’un journaliste. « Alors, qu’est-ce qui cloche dans votre look ? » lui demande-t-il brutalement. Martine, la cinquantaine, au chômage depuis 2007, répond : « J’ai découvert d’autres façons de me maquiller. C’est bien parce que c’est vrai qu’on a des baisses de moral, mais moi j’ai toujours pris soin de moi. Ce n’est pas nouveau. Je sais bien qu’un entretien, c’est un rapport de séduction. » Carole, quarante-six ans, mère au foyer, cherche du travail depuis un an. « Un atelier relooking ? Je me suis dit pourquoi pas. Même si je le fais déjà naturellement, ça peut apporter un plus. Ça nous met en confiance. »

Dans une autre pièce, dédiée à la manucure et à la coiffure, Alexandra fait un soin des ongles. L’esthéticienne lui explique : « Le recruteur regarde les mains. Elles sont le reflet de l’âme. On nous juge par nos mains, par notre personnalité. » Contentes de se faire « chouchouter  », Alexandra, Mafalda, Martine ou Malika ne sont pourtant pas dupes. Elles n’imaginent pas trouver du travail, « comme ça, du jour au lendemain », grâce à cet atelier. « C’est un plus, ce n’est pas désagréable, ça va me remotiver, souffle Mafalda, mais je ne suis pas naïve et je sais que ça ne me fera pas avoir du travail plus facilement. »

Tout au long de cette journée, Christine Salaün louera l’esprit de « solidarité » et remerciera « les gens de cœur à l’esprit de générosité et de simplicité » qui s’associent bénévolement à sa démarche. Bénévolement, oui et non. Car, dans le communiqué de presse envoyé aux médias apparaissent très nettement les références de chaque partenaire. Le retour sur investissement pour leur « engagement bénévole » est de l’ordre de la promotion de l’image. Quant à la fondatrice d’Ereel, elle se présente comme une bienfaitrice : « Chaque être humain a le devoir moral et la responsabilité de veiller sur les plus faibles. Rejeter la faute sur les autres ou se lamenter ne sert à rien, agir dans un esprit de solidarité pour trouver ensemble des solutions est bien plus efficace ! »

La journée touche à sa fin. Les femmes repartent avec des crèmes, une trousse de maquillage et un vêtement. Christine Salaün leur promet de faire un suivi personnalisé : « Vous avez besoin d’un coup de pouce. Sachez que vous n’êtes plus seules. On ne vous abandonnera pas comme ça. C’est pour ça, ce genre de choses, c’est du cœur, c’est vrai. C’est ça, le mécénat ! »

Ce vernis vous est offert par…

Lors de la journée, la présidente de la fondation a bien insisté sur « la gratuité » de l’initiative « pour le contribuable et pour le Pôle emploi ». Alors qui paye ? Les produits de beauté sont offerts par les marques Revlon et Gatineau. « Les fondations sont là pour prendre le relais de l’État. Au lieu de se plaindre, nous, on bouge, on est dans l’action, on est apolitiques. » Apolitiques ? Pourtant, sa fondation privée est parrainée par Pénélope Fillon, la comédienne Marie-Anne Chazel ou encore le député UMP Bernard Debré… 

Article de Ixchel Delaporte pour le journal l'Humanité

L'atelier relooking ou comment se remotiver pour rechercher un emplo, la "com"de Pôle emploi


15:16 Publié dans Contre enquête | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : pôle emploi, chômage, maquillage, femme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

15/02/2011

Le SOS des associations d’aide à domicile

amsad.jpgMises à l’honneur dans les discours gouvernementaux, elles subissent de plein fouet les coupes budgétaires : plus de 300 structures et 20 000 emplois menacés en 2011.

A lors que l’aide à domicile est à l’honneur dans les discours officiels – Nicolas Sarkozy devrait encore y aller de son coup de chapeau ce jour lors de la présentation de ses vœux aux acteurs de la santé et de la prise en charge de la dépendance –, alors que la demande en la matière est en hausse constante, les acteurs économiques du secteur commencent l’année dans une extrême précarité. « 2011 risque d’être une année fatidique pour un secteur pourtant créateur d’emplois et de cohésion sociale », avertit un collectif de 16 fédérations d’associations de bénéficiaires et de prestataires d’aide aux publics en difficulté, personnes âgées, handicapés, familles.

Entre 300 et 400 de ces structures risquent de devoir mettre la clé à la porte, et quelque 21 500 emplois sont menacés. Depuis plusieurs années, les financeurs du secteur, en l’occurrence les collectivités territoriales (APA pour les personnes âgées, PCH pour les handicapés et aide sociale à l’enfance) et les caisses de Sécurité sociale, paient de plus en plus mal les interventions des associations, dont les coûts, parallèlement, augmentent sensiblement (voir témoignage ci-contre). En dépit de leurs SOS, de la tenue d’une table ronde, fin 2009, avec les pouvoirs publics, des promesses faites, les responsables des associations n’ont rien vu venir. Pire : fin 2010, le gouvernement leur assénait un coup de massue, qui, pour beaucoup, risque d’être le coup de grâce, en décidant la suppression, dans la loi de finances 2011, d’exonérations de cotisations patronales dont bénéficiaient les structures d’aide à domicile.

Conséquence immédiate : une hausse du coût de leurs prestations jusqu’à 15 %. La suite du scénario est écrite : leurs financeurs, déjà aux abois, ne pouvant suivre, les associations, à but non lucratif et donc sans actionnaires, devront réduire leur volume d’interventions. 6,5 millions d’heures pourraient ne plus être réalisées, 120 000 personnes pourraient ne plus être aidées, et donc des milliers de salariés aidants seraient licenciés, selon une simulation du collectif qui a réclamé, en vain à ce jour, un fonds d’urgence de 100 millions d’euros pour éviter le pire.

Yves Housson, l’Humanité

FAILLITE : L’EXEMPLE DE L’ADMR

L’association d’aide à domicile du Finistère, troisième employeur du département avec 3700 salariés et 30000 familles aidées est en situation de faillite avec une dette cumulée de 5,8 millions d’€. La situation sociale est délétère, et le conseil général principal financeur veut tout remettre à plat devant ce désastre social.

Aide à domicile. 2 millions de personnes aidées

aide-a-domicile.pngComposé d’organismes à but non lucratif de statuts divers (associations, centres communaux d’action sociale, mutuelles…), le secteur de l’aide à domicile intervient auprès de plus de 2 millions de personnes : aide aux personnes en perte d’autonomie, handicapés, personnes malades, soutien aux parents, garde d’enfants…


Il compte 240 000 salariés, un effectif en constante progression. Les femmes représentent 93 % du personnel des associations. Beaucoup d’emplois restent précaires (temps partiel non choisi, salaire au-dessous du Smic). 
u Les principaux financeurs sont les conseils généraux, les caisses d’allocations familiales.

Evry, l’exemple de l’AMSAD

L’Association de Soins et d’Aide au Maintien à Domicile intervient auprès (1) de 506 bénéficiaires d’Evry, de Lisses et Courcouronnes avec le concours de 59 salariées dont la totalité sont des femmes.

Une plateforme commune a été mise en place avec l’association d’aide à domicile de Ris Orangis qui emploie plus de 40 salariés pour ce qui concerne la gestion administrative et comptable.

Le budget global de l’association se situe à près de 1,5 millions d’€ assuré par des recettes qui proviennent pour 1/3 des bénéficiaires, pour près de la moitié par le conseil général (avec l’Allocation Personnalisée Autonomie) et la participation d’autres caisses de retraites et de la CNAV. Les Municipalités ont accordé une subvention globale de près de 100 000 €.

L’AMSAD intervient auprès de 159 personnes dont la dépendance est élevée (GIR 1 à 4), soit l’équivalent du nombre de résidants de 2 maisons de retraites, et auprès de 354 personnes relativement autonomes (GIR 5 et 6).

Cette association qui a un rôle important pour le maintien à domicile des personnes âgées et emploie avec l’association partenaire de Ris plus de 100 salariés est en situation financière difficile. Cette année la réforme fiscale va entraîner un surcoût financier de près de 50 000 € difficile à équilibrer puisque les prix des journées sont strictement encadrés dans le cadre des conventions financières avec les différents financeurs, et que les usagers ont des revenus en diminution constante après les différentes réformes sociales.

(1) Chiffres 2009

20:00 Publié dans Contre enquête | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : association d'aide à domicile | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

07/02/2011

HOPITAL SUD FRANCILIEN : VERS LA BEREZINA ?

hopnouv.gifLe nouvel hôpital Sud Francilien qui va regrouper les sites de Courcouronnes et de Corbeil sur un territoire situé à Corbeil sera ouvert progressivement aux usagers théoriquement à partir du 17 mai 2011.

Il remplacera ainsi l’hôpital Louise Michel de Courcouronnes, et Gilles de Corbeil à Corbeil et regroupera en outre les lieux de soins de Yerres.

 

BEREZINA FINANCIERE

Pour le comité de défense de ses hôpitaux, remplacer des structures construites dans les années 70 constituent déjà un premier gâchis financier.

 

A ce gâchis, tout indique déjà que l’ouverture de ce nouvel hôpital ultramoderne et géant d’une superficie de 110 000 m2, avec 1017 lits, 20 blocs opératoires, 130 salles de consultation, risque très rapidement par se traduire par une double bérézina financière et humaine.

 

Le milliardaire Serge Dassault, maître d’œuvre de ce projet, ancien Maire de Corbeil, homme influent du régime,  pour un hôpital qui un jour probablement portera son nom, souligne déjà : « quelques problèmes financiers qui son à résoudre », et pour cause…

D’un coût de construction estimé à 344 millions d’€, le prix global en y ajoutant la totalité des frais (construction, aménagement routier, mises en réseaux, déménagement, démolition ou réaménagement des hôpitaux actuels) dépassera d’après de nombreuses estimations plus d’un milliard d’€.

 

Les collectivités locales déjà étranglées financièrement par les réformes de l’Etat et la suppression de la Taxe Professionnelle sont largement mises à contribution, en particulier le département, et avec eux les habitants de l’Essonne au même moment où des moyens financiers manquent cruellement au conseil général pour intervenir dans le domaine social, qui est pourtant de sa compétence première.

 

La construction de cet hôpital a été confié à une société privé Heveil, filiale du groupe BTP Eiffage dans le cadre d’un partenariat public-privé malgré les fortes réticences du Conseil Constitutionnel qui dans un avis daté de 2003 estimait : « que généraliser ce type de construction serait contraire aux exigences constitutionnelles d’égalité et bon usage des fonds publics ».

Le remboursement de cette opération sera effectué par le biais d’un loyer annuel payé par le centre hospitalier qui prévu à l'origine à 30 millions d'€ est aujourd'hui fixé à 42 millions d’€, abondé au 2/3 par l’assurance maladie pour un coût total final de 1,2 milliard d’€ sur toute la durée du bail prévue initialement jusqu’en 2041 mais risque fort d’être repoussé. La société Heivel sera également responsable de la maintenance et de l’exploitation de ce bâtiment.

 

Un rapport de la chambre régionale des comptes d'Ile de France publié en juillet 2010 indique que "le recours à la maîtrise d'ouvrage publique financée par un emprunt aurait été une solution moins coûteuse, moins hasardeuse et surtout davantage maîtrisable", "une stimulation pour un emprunt de 344 millions d'€ sur 30 ans donne un coût final de 757 millions d'€, soit une économie de 550 millions d'€".

 

hopital047.jpgBERIZINA HUMAINE

Les 3000 à 4000 emplois dont la Direction a approuvé la suppression à l’Assistante Publique de la Région Parisienne sont un petit avant goût de ce qui attend les salariés de ce nouveau hôpital après la fusion des deux autres.

Aujourd’hui ce sont plus de 3000 personnes qui travaillent dans les  hôpitaux Sud Francilien, les prévisions données dans les dossiers de presse sur le nombre de personnes qui seront alors employées après dans cet hôpital unique est de 1500 précisément. Le « dégraissage »  sera massif, même si le chiffre annoncé est discutable et ne prend pas en compte sans doute toutes les données.

Ce sont des centaines d’emplois qui vont être supprimés, des dizaines de services fermés, des milliers d’usagers « éjectés » vers les cliniques privés, où qui ne recevront plus de soins. Le maire d'Evry a avoué que l'ouverture de cet hôpital de traduira également par le "siphonage" des emplois de tous les autres hôpitaux du secteur. Le regroupement envisagé pour tout le Sud de l'Ile de France des urgences uniquement vers l'hôpital sud francilien en est la malheureuse illustration.

 

hop.jpgLe déficit structurel de ce centre hospitalier est aujourd’hui de 15 millions d’€, auquel va s’ajouter le coût du surloyer à payer à Eiffage.

Gérard Vincent, délégué général de la Fédération Hospitalière de France a averti. « La masse salariale des hôpitaux représentent 68 à 70 % des charges, et reste la seule variante d’ajustement pour rester dans les enveloppes accordées ». Enveloppes qui de fait se réduisent d’année en année. La piste est tracée.

 

Pas sûr que salariés, usagers, élus acceptent ce scénario sans réagir.

Article publié le 27 janvier 2010, et actualisé le 07 février 2011

 
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