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25/02/2015

Il ne faut pas se tromper de colère

guedj.jpgpar  Jérôme Guedj Président (PS) du conseil général 
de l’Essonne 

Aucune élection n’est perdue ni gagnée d’avance. Disons les choses clairement, la gauche risque de se prendre un bouillon historique dans un mois. L’élection législative dans le Doubs, remportée de justesse par le Parti socialiste, a montré qu’il n’y avait plus aucune digue entre les électorats de droite et d’extrême droite.

Le risque est de se retrouver le 29 mars avec des majorités bleu-brun à la tête de nombreux départements.

Si nous partons de très haut avec une soixante de départements à gauche sur cent, nous ne sommes pas obligés de tout faire pour donner raison à ceux qui espèrent que nous perdions, à commencer par ceux dans les propres rangs de la gauche qui souhaitent « lever l’hypothèque du Parti socialiste sur la gauche », pour reprendre les propos d’Éric Coquerel, du Parti de gauche.

Je suis excédé par cette stratégie de la terre brûlée. Jouer la division de la gauche, c’est jouer la défaite de la gauche. À l’inverse, le préalable à toute victoire de la gauche, c’est son unité, pas le pistolet sur la tempe bien sûr. Mais l’union sur un programme co-construit entre forces politiques et union électorale. Seulement l’union et la volonté affirmée de mener des politiques de gauche peuvent nous permettre de remobiliser notre camp, de lutter contre l’abstention qui fut la cause principale de la déroute aux municipales il y a un an.

En poursuivant la « stratégie des deux gauches » qui est un échec sur le plan national, certains de nos partenaires ne participent qu’à l’affaiblissement de la gauche face à la droite et à l’extrême droite sur le court et le long terme, sans pour autant créer de nouvelle dynamique à gauche. Cette stratégie est perdante sur tous les tableaux.

Les critiques, voire les déceptions vis-à-vis du gouvernement sont légitimes et compréhensibles, et je serai mal placé de blâmer quiconque, ayant toujours moi-même conservé ma liberté de parole. Cette liberté, je l’ai gardée par fidélité à nos valeurs et à nos principes, par loyauté envers le peuple de gauche.

Aujourd’hui, mettre en danger des majorités locales où nous développons et créons des politiques innovantes, des politiques clairement à gauche, élaborées et votées en Essonne par les conseillers généraux du PCF, du PG, du PS, du PRG et d’EELV.

En Essonne, je n’ai aucun frondeur à déplorer dans ma majorité car nous avons créé depuis des années le rassemblement sur notre action concrète. Et nous partons à la bataille en rangs serrés. Sur les 21 cantons que compte le département, nous avons un accord avec EELV et le PRG, et sur 8 cantons, cet accord s’étend aux communistes bien conscients de la nécessité de faire gagner la majorité départementale pour poursuivre nos politiques publiques.

Quelques exemples. Nous avons créé un nouveau service public (et les emplois qui vont avec) en ouvrant deux maisons de retraite publiques départementales en 2013 et 2014 (105 postes pour 155 lits), tandis que quatre autres sont programmées, pour 600 lits et 350 postes.

Les personnes âgées modestes ont ainsi accès à un service à 60 euros par jour dans le service public contre parfois 100 euros dans le privé. Autre marqueur de gauche, l’aide aux communes du conseil général qui s’élève à 50 millions d’euros par an est conditionnée à un système de bonus-malus selon qu’elles respectent ou non la loi SRU ou les niveaux légaux d’emplois de personnes en situation de handicap.

Je pourrais ajouter le CV anonyme pour les recrutements au conseil général dans le cadre de notre politique de lutte contre les discriminations, la contraception (pilules et préservatifs) gratuite pour tous les jeunes de seize à dix-huit ans et tant d’autres choses encore. Je le dis avec solennité, il ne faut pas se tromper de colère.

Ce qui est en jeu dans cette élection, c’est notre capacité collective à gauche à continuer à construire de la solidarité. Ce besoin de solidarité que les Français ont réaffirmé début janvier après les attentats. La gauche doit en être à la hauteur pour conjurer le désamour qui s’est construit entre elle et le pays. Et comme en amour il n’y a que des preuves d’amour, nous y travaillons en Essonne en construisant l’unité de la gauche, en menant une politique clairement de gauche.

Tribune publiée par l'Humanité

 
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