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29/07/2011

MUSEES EN SOUFFRANCE !

Musee_du_Louvre_pyramid.jpgLes musées, nés de la Révolution, souffrent et, avec eux, leurs personnels, depuis que l’État se désengage et les soumet à un modèle de gestion privée. Le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite accentue le manque de moyens et ne fait qu’empirer les choses.

Avec l’été, l’engouement pour les musées s’affiche. Les files d’attente s’allongent à l’entrée des grands musées nationaux. Elles sont l’arbre qui cache la forêt des tensions et souffrances pour les personnels. Car la révision générale des politiques publiques (RGPP), qui prévoit de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, s’applique aux musées et fait que les mêmes missions de service public sont à assumer avec toujours moins de moyens.

Mal-être des professionnels pourtant très investis

Un rapport rédigé en décembre 2009 par les médecins de prévention du Centre des monuments nationaux, établissement public placé sous tutelle du ministère de la Culture et dont les missions sont de restaurer, entretenir et ouvrir au public une centaine de monuments appartenant à l’État, affirme : « Les personnes qui souffrent au travail sont toujours des professionnels très investis, en situation de vouloir tenir les objectifs avec soin. Leurs proches les voient s’enfoncer et, très vite, ils ne les comprennent plus (…) » Les experts notent que depuis l’arrivée d’une nouvelle présidente, « les agents ne voient pas la finalité de la modification de l’organisation du travail. Ils se sentent niés dans leurs compétences professionnelles, voire dans leur intelligence opératoire ». Ils décrivent « une perte de la latitude décisionnelle et un déficit de reconnaissance ».

Ils évoquent aussi « un conflit de loyauté », « une perte de sens » qui débouchent sur « un mal-être ». « Les agents, disent-ils, 
insistent, dans certains services, sur la discordance des ordres ; dans d’autres, sur des mises au placard. Sont observés des troubles du sommeil, de la mémoire, une apparition de fatigue, une augmentation préoccupante de la consommation de cigarettes, d’alcool, de médicaments. Pour notre part, soulignent-ils en gras, nous identifions une peur diffuse qui ne dit pas son nom. » Rapportant le sentiment des agents vis-à-vis de leurs supérieurs, ils parlent d’« une symptomatologie faite de peur, d’agressivité envers les collaborateurs, en lien avec l’instauration d’une demande de disponibilité totale via l’apparition du BlackBerry ».

Les préconisations de la médecine préventive formulées dans ce rapport ont, depuis, été ignorées. Les directeurs des ressources humaines et du développement culturel ont démissionné. Des agents déprimés se retrouvent en danger. Craignant un syndrome France Télécom, le ministère a diligenté une inspection générale de l’administration des affaires culturelles qui doit rendre son rapport ces temps-ci. Les méthodes managériales sont toujours aussi brutales, le délitement de la communauté de travail se poursuit d’autant plus, au siège du Centre des monuments nationaux (CMN) et dans les monuments nationaux, que les sous-effectifs, conjugués à l’explosion du travail précaire et sous-payés, obligent les équipes à travailler en flux tendus. Le quotidien est fait de refus de congés et de stages, de remise en cause des temps partiels choisis, d’ouverture des sites en dépit du non-respect des conditions de sécurité.

Précarité et privatisation comme moyens de gestion

Du coup, le 27 mai dernier, à la Conciergerie, à l’Arc de triomphe, aux tours de Notre-Dame, à la basilique Saint-Denis, au Mont-Saint Michel, au château d’Azay-le-Rideau, aux remparts de Carcassonne… le personnel était en grève à l’appel de la CGT et de la CFDT. Ça barde aussi au Domaine de Saint-Cloud, au Mucem à Marseille, à Beaubourg Metz, au ministère de la Culture…

Depuis l’abandon de leur mutualisation et l’autonomie accordée à un nombre croissant de musées contraints de s’autofinancer, depuis la décapitation de la direction des musées de France, fondue dans la direction des patrimoines, une gestion par la pénurie, la précarité, la privatisation, la mise en concurrence, la brutalité des révocations, la mise à l’écart des scientifiques prévaut et conduit à la multiplication des conflits.

Ces établissements vivent dans la douleur un changement de culture qui les transforme en lieux de consommation voués à accueillir, à un rythme effréné, sans les effectifs suffisants, ce que Roland Recht, professeur au Collège de France, nomme « des opérations événementielles faisant croire qu’on est dans une logique d’enrichissement du patrimoine, alors que les ressorts sont bien souvent commerciaux et économiques ».

Un rapport très critique de la Cour des comptes

musées,louvre,versailles,souffranceIl considère que le ministère ne joue plus, vis-à-vis des musées, son rôle de régulateur en matière de tarifs, publics, prêts, mécénats.

Le 30 mars dernier, la 3e chambre de la Cour des comptes publiait un rapport portant sur dix années de gestion des 37 musées nationaux. Au vu du contenu du prérapport, le ministère de la Culture aurait tenté d’empêcher sa publication.

Il faut dire que la Cour a rédigé un rapport à charge. Ainsi déplore-t-elle le fait que si la décennie a été marquée par une forte croissance de la fréquentation, elle n’a été accompagnée ni d’un rajeunissement ni d’une ouverture sociale plus grande des publics. Alors que les tarifs d’entrée ont explosé (+ 35,5 % en dix ans au Louvre, + 113 % à Versailles, +160 % au Centre Pompidou), que les établissements sont forcés de s’autofinancer, le taux d’ouvriers, par exemple, a chuté de 23 % à 15 %. Quant au pourcentage des jeunes qui ne vont jamais au musée, il passe de 17 % en 2003 à 15,6 % aujourd’hui.

Le rapport pointe aussi le manque à gagner pour l’État d’un mécénat culturel « mal évalué » dont il doit, à cause des incitations fiscales, rembourser jusqu’à 90 % des acquisitions et qui, de plus, a baissé de 63 % entre 2008 et 2010. Dénonçant « une politique nationale de plus en plus parisienne », relevant que les prêts gratuits entre musées existent de moins en moins au profit de locations d’espaces aux mécènes, il précise : « Il serait fâcheux que de telles opérations se développent sans que leur cadre éthique et scientifique ait été fixé. »

La Cour insiste sur le fait que le ministère de la Culture ne joue plus son rôle de régulation en matière de tarifs, mécénats, prêts, visiteurs. Mais, après avoir pointé la déroute des personnels, déstabilisés par des évolutions brutales qui percutent le sens de leurs missions, elle recommande, au vu de l’augmentation de 58 % en dix ans des crédits de l’État aux musées, de « réduire le train de vie », de « compenser par des gains de productivité la réduction du soutien de l’État », bref, d’appliquer au maximum la RGPP. Quelle incohérence !

Article publié par l'Humanité

19:04 Publié dans Contre enquête | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musées, louvre, versailles, souffrance | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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