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01/12/2010

« Garder notre maîtresse ! »

entrelesmurs.jpgTitulaires mutés sans prévenir, parents d’élèves mobilisés… Depuis trois semaines, la colère monte dans les écoles primaires, sommées d’accueillir les profs stagiaires dans l’improvisation totale.

«Les difficultés commencent... » Après les collèges et les lycées, c’est au tour des écoles primaires de payer les pots cassés de la réforme de la formation des maîtres. Depuis trois semaines, la colère monte dans des dizaines d’établissements confrontés, à leur tour, à l’arrivée improvisée de professeurs stagiaires.

Contrairement à ceux du secondaire, les quelque 7 000 lauréats du concours 2010 du premier degré n’ont pas été lâchés à plein-temps, dès septembre, avec la responsabilité d’une classe. Mais placés, jusqu’à la Toussaint, en stage d’observation en compagnie d’un maître « expérimenté ». Les vacances passées, les inspections académiques s’échinent désormais à leur proposer un point de chute dans les écoles, en priorité sur des postes de remplacement longue durée. Et c’est là que les choses se compliquent. À commencer par les remplaçants titulaires dont beaucoup ont été priés de céder leur place, sans ménagement. Au grand dam des équipes éducatives.

 Neuf profs différents

À Saint-Michel-sur-Orge (Essonne), l’école élémentaire Pablo-Picasso a été occupée, toute la matinée, par les parents et les enseignants, plus des dizaines d’élèves. « Ils ont fait signer une pétition et chantaient dans la cour : “On veut garder notre maîtresse !” », raconte Isabelle Catrain, présidente locale de la FCPE. La maîtresse en question, c’est celle de CE2. Une « brigade départementale » (remplaçante de longue durée) nommée à la rentrée pour pallier un congé maternité. Le remplacement devait durer jusqu’à mars. Mais le 23 novembre, patatras ! la directrice de l’école reçoit un coup de téléphone de l’inspection académique : la brigade doit faire ses cartons et laisser la place, d’ici une semaine, à un professeur stagiaire…

La nouvelle fait bondir les parents d’élèves, qui envoient, dès le lendemain, un courrier à l’inspecteur d’académie. On les comprend : l’année dernière, les élèves de l’actuel CE2 ont déjà eu droit à neuf professeurs différents. Un turnover qui a des répercussions sur le niveau scolaire. Selon les parents, certains enfants maîtrisent encore mal la lecture. « On était heureux, cette année, d’avoir un peu de stabilité et de continuité avec une prof appréciée des enfants et impliquée dans les projets d’école, explique Isabelle Catrain. On n’a rien contre le prof stagiaire, mais le pauvre va devoir tout reprendre de zéro, avant de partir en formation à plusieurs reprises et d’être à son tour remplacé deux ou trois fois ! C’est insupportable. Il est où l’intérêt des enfants là-dedans ? »

Pilotage et management

Pour Flora, titulaire remplaçante dans un CE2 de l’académie de Créteil, l’inspection n’a même pas pris le soin de la prévenir à l’avance, ni elle ni sa directrice, histoire sûrement d’éviter tout risque de mobilisation de parents. Résultat ? « Le 23 novembre, raconte la jeune femme, le stagiaire s’est présenté directement à l’école pour annoncer lui-même qu’il devait me remplacer deux jours plus tard alors que je devais rester jusqu’à fin décembre ! Il était navré et un peu perdu. J’ai obtenu de l’accompagner jusqu’à vendredi prochain pour l’aider à débuter. Les élèves, eux, me demandent chaque jour si je serai là le lendemain. »

Une quinzaine d’écoles de l’Essonne sont actuellement mobilisées contre ces arrivées de stagiaires à la hussarde. Un rassemblement à l’initiative du Snuipp-FSU 91 s'est tenu devant l’inspection académique, à Évry. Avec l’espoir d’obtenir le maintien des titulaires remplaçants à leur poste. « Cette manière de traiter le personnel est méprisante, pour les titulaires comme pour les profs stagiaires qui sont également victimes, souligne Emmanuel Cabiran, coordinateur départemental du Snuipp. Ce ministère ne résonne plus qu’en terme de “pilotage” et de “management”, sans se soucier des gens. » Dans le Val-de-Marne, une assemblée générale devait également réunir, hier soir, stagiaires et titulaires.

Au plan national, le Snuipp-FSU, qui a présenté une première enquête sur l’accueil de ces professeurs stagiaires, confirme ces « tensions » dans de nombreux départements. « L’impréparation de cette réforme de la formation oblige les inspections académiques à bricoler, déplore Sébastien Sihr, son secrétaire général. La logique de gestion du ministère ne se soucie ni de la continuité du service public ni de la bonne formation des débutants qui arrivent souvent dans des conditions de tension. »

Laurent Mouloud, pour l'Humanité

Photo extraite du film "entre les murs"

12:40 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : école, enseignant, st michel sur orge | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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