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20/08/2010

Au musée Bourdelle, sous le regard des héros

 

bourdelle.jpgOnze artistes de la scène contemporaine interviennent de manière critique ou décalée parmi les œuvres monumentales et hiératiques du sculpteur du XIXe.

Certes moins couru que le musée Rodin, le musée Bourdelle n’en est pas moins un des beaux lieux de Paris, invitant à la découverte de l’œuvre souvent monumentale du grand sculpteur, né en 1861 et disparu en 1929, à la charnière de l’héritage du XIXe siècle et de l’art moderne. Sous l’impulsion de sa directrice, Juliette Laffon, le musée s’est ouvert aussi à l’art contemporain pour des expositions temporaires. Felice Varini, Gloria Friedman, entre autres, ont déjà occupé ses salles. Depuis mai, et jusqu’au 19 septembre, c’est une carte blanche qui a été donnée à onze artistes de la scène contemporaine et non des moindres, ce qui commande de les citer tous : Élisabeth Ballet, Christian Boltanski, Richard Deacon, Hans-Peter Feldman, Ann Veronica Janssens, Jannis Kounellis, Claude Lévêque, Jean-Luc Moulène, Tania Mouraud, Orlan, Kees Visser.

C’est Christian Boltanski qui accueille les visiteurs avec une série de chaises installées dans le jardin, à l’entrée du musée. Dans la continuité de ses personnages vêtus de noir, exposés en d’autres lieux, dont le Mac/Val de Vitry au printemps, qui interrogent le visiteur, les chaises questionnent : quelle est ta tristesse, quel est ton remords ?

Une vision superbement plastique et inquiète

Boltanski se tient encore ici sur le lieu du passage entre la vie et la mort, Dan.s la plus grande salle du musée, avec des personnages de plus de trois mètres de haut, Orlan a installé trois nouvelles sculptures dans la veine de celles qu’elle avait exposées à l’abbaye de Maubuisson. Des sculptures comme des vêtements sortis de tableaux baroques mais habillant du vide, des corps fantômes. C’est ici comme une réponse à cette monumentalité des personnages héroïques de Bourdelle. Jean-Luc Moulène est aussi, dans une réponse à cette monumentalité avec plusieurs petites sculptures comme Adam, petit modèle, Guerrier allongé au glaive, petit modèle également… Une photo d’homme au corps fragile : Manuel Joseph nu. une sculpture aussi, réalisée à partir d’un corset orthopédique. Chez Jean-Luc Moulène, les héros sont fatigués et leur temps est passé. Dans les caves où dorment des titans, Claude Lévêque les a éclairés avec les projecteurs d’un enfer immobile.

Mais faute d’évoquer les œuvres de chacun des artistes présents, il faut aller droit à ceux (celles) qui, à notre sens, marquent le plus ce parcours. Sur un balcon où une frise évoque la danse et Isadora Duncan, Élisabeth Ballet a aligné des rails de métal laqué dans un mouvement de fuite en avant, vers l’extérieur, qui nous emporte. Dans les salles du bas, Tania Mouraud projette une vidéo de la plus grande casse d’Europe, avec ses amas de métal, ses grues, ses wagons. Une vision superbement plastique et véhiculant une lourde inquiétude. Au musée Bourdelle, les hommes aussi sont très fatigués.

Musée Bourdelle. www.bourdelle.Paris.fr, jusqu’au 19 septembre.

Maurice Ulrich, l'Humanité

16:50 Publié dans Evénements | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bourdelle, exposition | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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