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12/08/2010

ZOHRA MEZIANE Une lavandière dans le poumon de Grigny 2

Quartiers. Les visages de l'engagement

zohra.jpgElle est l’unique salariée d’une petite laverie associative située au cœur d’un des plus grands quartiers populaires de l’Essonne. Un petit espace que Zohra anime chaleureusement pour rompre l’isolement des vieux, des femmes seules 
et des plus précaires.

Son sourire lui mangerait le visage. Sa voix est forte, parfois ferme, toujours déterminée. Zohra Meziane est une femme de Grigny, une Marocaine native de Casablanca. Nous l’avons rencontrée au 64 bis, route de Corbeil, à la Source, laverie associative de la commune la plus jeune et la plus pauvre du département. Pendant l’entretien, des femmes passent, pas forcément pour apporter du linge à laver. Parfois, juste pour faire un petit coucou. «Je connais tout le monde ici !» dit-elle en agitant la main. Les machines à laver sont pleines. Les sèche-linge tambourinent. Dans les odeurs de lessive, Zohra raconte un itinéraire peu commun.

Des vies, on peut dire qu’elle en est à sa deuxième. La première se déroule au Maroc, dans un décor de firme pharmaceutique. «J’étais déléguée médicale. Je faisais la promotion des médicaments auprès des médecins, des cliniques, dans les petits patelins du Maroc.» Poussée par un père militaire engagé aux côtés de l’armée française, Zohra est une élève brillante et disciplinée. «J’allais dans les bibliothèques. Je travaillais beaucoup. Mon père me disait toujours : “ il faut travailler plus que les autres, tu dois gagner ton indépendance”.» La mère de Zohra, elle, s’engage aux côtés des Marocains qui réclament l’indépendance. «Ma mère était très belle. Elle allait dans les prisons en djellaba, se couvrait le visage et demandait à aller voir son frère. Dès que les soldats français la voyaient, ils la laissaient passer. Après, elle échangeait sa djellaba avec un prisonnier pour qu’il puisse s’évader.» Mais l’ambiance à la maison, avec ses sept frères et sœurs, est davantage militaire que révolutionnaire. En somme, «une éducation à la française»…

Zohra se passionne pour la physique, la chimie et les mathématiques. Elle est considérée comme un «excellent élément» et son père l’envoie en France passer son bac, et étudier à l’Institut universitaire de technologie et de chimie. Au bout d’un an, elle rentre et trouve immédiatement du travail comme déléguée médicale. Cinq ans à sillonner le Maroc pour le compte de Hoechst, groupe pharmaceutique allemand. Débauchée par Sanofi, elle poursuit sa carrière pendant dix ans, se spécialisant dans «le cardio-vasculaire». Elle fait du chiffre d’affaires et se révèle une communicante très douée. Les primes augmentent, la paye aussi. «Je travaillais comme une dingue en faisant du business… Mon père me poussait à battre les hommes qui ne me faisaient pas de cadeaux !» Un appartement dans le quartier chic des Palmiers à Marrakech, une Mercedes 300, des week-ends en France… Zohra vit bien. Jusqu’au jour où, comme elle le dit si pudiquement, « ma fille est tombée dans mon ventre».

Enceinte de six mois, elle rend visite à sa sœur au Havre. La fille de Zohra naît prématurée le 15 novembre 1998. À partir de là, tout bascule. La petite Inès arrive au monde avec de graves problèmes respiratoires. C’est le début d’une lente mue pour Zohra. «Les médecins m’ont dit qu’il fallait que j’aille vivre à la montagne avec ma fille. Je n’ai même pas prévenu mon patron. En 1999, j’étais licenciée. Je suis partie vivre à Saint-Laurent-du-Pont dans l’Isère, à 1 800 mètres d’altitude.» La vie s’écoule et au bout de quatre ans, Zohra décide de se rapprocher «des grands hôpitaux parisiens». En 2002, elle trouve une annonce, un appartement à louer à Grigny 2. L’arrivée avenue des Sablons est brutale. L’appartement fait 23 mètres carrés, infesté de punaises et de cafards. Zohra touche le RMI et s’adresse aux associations caritatives. «C’était dur, un peu humiliant pour moi.» Pour rembourser ses dettes et payer des soins médicaux à sa fille, Zohra vend son appartement marocain, sa voiture et même sa retraite. «Mais comme je ne suis pas une femme qui reste à la maison, j’ai commencé à faire du bénévolat. D’abord au Secours catholique puis à l’épicerie sociale, juste à côté d’ici.» Peu à peu, elle rencontre des habitants de Grigny et trouve une petite maison à louer au 51, rue Pierre-Brossolette, à deux pas de la Source, la laverie associative.

Ce sont deux éducatrices spécialisées qui lancent le projet en 2001, à partir d’un simple constat : beaucoup d’habitants de Grigny 2 et de la Grande Borne n’ont pas de machine à laver, beaucoup sont des primo-arrivants, des sans-papiers, des exilés, venus d’Afrique mais aussi d’autres banlieues parisiennes. «Les gens viennent dans cette ville car on leur dit qu’il y a des associations et des aides pour les étrangers. Il paraît aussi que la préfecture est moins dure qu’ailleurs.» En 2004, la laverie cherche une salariée. Zohra est toute désignée. Depuis, elle fait l’accueil, l’écoute, la comptabilité, le lavage et le repassage, épaulée par une dizaine de bénévoles. En tout, l’association possède plus d’une centaine d’adhérents, parvenant à toucher « e poumon de Grigny 2».

Au fond, la laverie est un beau prétexte. Pour créer du lien, prévenir, rompre l’exclusion, réorienter les personnes vers d’autres services. «Parfois, on a des hommes seuls, parfois alcooliques, qui viennent pour parler, vider leur sac. Il y a les vieux aussi qui ne savent pas remplir les papiers administratifs, les chômeurs qu’on aide à imprimer des CV… Je vois aussi des familles qui se partagent un seul appartement. Les enfants étouffent. Ici, on joue avec eux, on lit des histoires.» Une petite étagère abrite quelques jeux et livres usés. Un ordinateur, un peu daté, «qu’on aimerait changer», une imprimante qui tourne beaucoup, 
«il faudrait faire de l’alphabétisation»… Beaucoup de missions pour une association aux moyens modestes.

La deuxième vie de Zohra a commencé à Grigny. Définitivement, elle ne changerait pas un millimètre à sa vie. « J’ai été du côté de ceux qui poussent les gens à consommer, maintenant je suis du côté de ceux qui subissent la société de consommation. » La roue tourne, comme elle dit en haussant les épaules. Heureuse, fière même d’être «avec les gens». Maintenant, c’est son tour.

 Ixchel Delaporte, l'Humanité

10:27 Publié dans Histoire locale | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : grigny, zohra | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires

super!!!
j'ai vraiment adorée cela ma vraiment émue quand elle a tout sacrifier pour sa fille

Écrit par : mami | 24/03/2011

super!!!
j'ai vraiment adorée cela ma vraiment émue quand elle a tout sacrifier pour sa fille

Écrit par : mami | 24/03/2011

madame ce que vous avez ecris c est des mensonges car je vous connais tres bien votre vie au havre 76600 normandie.............

Écrit par : isabelle | 12/11/2011

Pourquoi vous racontez des mensonges, vous avez toujours un appartement à Marrakech et un magasin à casablanca

Écrit par : SARA | 13/11/2011

c est une femme géniale avec beaucoup de courage je la connais depuis 27ans maintenant je suis devenue maman et j ai beaucoup de respect pour cette femme et arrêtez de dire des mensonges
continuez madame zohra bon courage on vous aime beaucoup!

Écrit par : AANIBA Emène | 06/12/2012

Un excellent moment passe a vous lire, merci bien pour cette bonne lecture.

Écrit par : Faire de l argent | 12/07/2013

Les commentaires sont fermés.

 
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