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08/05/2010

George Sand, à Palaiseau

sand1.jpgAu moment même où un très beau téléfilm diffusé par France 3 relate une partie de la vie mouvementée d'un des plus important écrivain de notre pays, peu de personnes savent que George Sand a passé une partie importante de sa vie dans une ville de l'Essonne, Palaiseau.

RECIT

Sandeau, Musset, Chopin, Michel de Bourges et quelques autres, compagnons de route ou passants de nuit, les amours de George Sand n'ont plus de secret pour personne.
On connaît moins Alexandre Manceau, à qui Anne Chevereau consacre une biographie très documentée. Il occupa pourtant une place de choix dans sa vie, seize années durant.
Seize années ! Amour de la maturité : elle a quarante-cinq ans quand ils se rencontrent, il en a treize de moins.
Ce graveur de talent vient à Nohant invité par Maurice, le fils adoré, dont il est un ami. Petit, mince, le regard un peu triste, il n'a rien d'un séducteur, même si le visage fin frappe par sa sensibilité. Mais son charme doit être bien réel, puisque, très vite, son séjour à Nohant se transforme en résidence à demeure.
Il ne rentre à Paris que quelques mois plus tard, pour prendre son matériel de graveur, et installe son atelier non loin de la chambre de George. " Oui, je l'aime lui... je l'aime avec tout ce qu'il est et il y a un calme étonnant dans mon amour, malgré mon âge et le sien... je suis heureuse, je supporte tout, même son absence, moi qui n'ai jamais supporté cela... " confie Sand à Hetzel, portée par l'enthousiasme des débuts. Pourtant, cette fois, elle ne se trompe pas - et si elle fut moins spectaculaire que d'autres, sa relation avec Manceau fut peut-être la plus touchante. La plus proche aussi d'un équilibre que, faute de mieux, on pourrait appeler conjugal, avec ce que cela suppose de compagnonnage, de joies et de peines partagées, et de (quasi) fidélité.

Manceau fait très vite partie de la famille. Il participe aux soirées théâtrales, aux veillées, aux promenades dans la campagne berrichonne. Il se révèle indispensable. Non seulement il s'acquitte des tâches de secrétariat de Madame, gère l'intendance et les finances, mais en plus il paye son écot - ce qui ne s'est jamais vu ! Et surtout, il se consacre nuit et jour à sa dame qu'il entoure de mille soins, prévenant ses désirs, aplanissant tutes les difficultés matérielles, lui témoignant amour et respect avec un dévouement sans limites. " Elle ne peut s'asseoir sans qu'il surgisse des plumes, de l'encre bleue, du papier à cigarettes, du tabac turc et du papier à lettres rayé. Et elle en use... " Bref, homme rare, il remplit à ses côtés le rôle que tant de femmes tiennent près d'un artiste ! " Manceau toujours bon comme un ange et me soignant comme si j'en étais un... " s'émeut George.

Cette harmonie va durer quinze ans, tantôt à Nohant, tantôt à Paris rue Racine où ils ont chacun un appartement (décence oblige) dans le même immeuble, tantôt à Gargilesse où Manceau a acheté une petite maison.

Mais c'est compter sans Maurice... Sans doute n'a-t-il jamais bien accepté la liaison de sa mère avec son camarade. Ce faible aux brusques emportements met brutalement Manceau à la porte, sans en aviser sa mère et sans le moindre droit. Coup de théâtre : George Sand quittera elle aussi Nohant, sa maison - et son fils, pour suivre son compagnon.
Déchirement. Tentative de compromis. Départ. " Me voilà désormais seul avec elle, quelle responsabilité, aussi quel honneur, quelle joie ! " note Manceau dans l'Agenda qu'il tient avec Madame.

sandpalaiseau.jpgC'est à Palaiseau que le graveur a trouvé une maison. George est " dans le ravissement de tout, du pays, du petit jardin, de la vue, du mobilier... C'est un enchantement ". Une dizaine de pièces, deux étages, une campagne verdoyante : un petit Nohant à proximité de Paris où le couple va vivre un peu plus d'un an.
Il faut aujourd'hui une certaine imagination pour effacer les immeubles qui enserrent la Villa Sand, mais la maison, à l'exception de quelques agrandissements, a assez peu changé. Visites de proches, soirées tranquilles, escapades culturelles à Paris, " mangeaille très bonne " : la vie à Palaiseau serait douce sans le drame qui va y mettre fin. Manceau depuis des mois tousse, crache le sang. Sand espère. Puis mesure la gravité de l'état de Manceau qu'elle accompagne avec une tendresse sans faille jusqu'à la fin. " ... toi qui m'a tant aimée sois tranquille, ta part reste impérissable ", écrit la femme de soixante ans au soir de l'enterrement.
Elle reviendra par intermittence dans la maisonnette léguée par Manceau... à Maurice qui la vendra en 1869. Puis elle retrouvera Nohant, et son fils. La maison ne se visite pas.

Alexandre Manceau, le dernier amour de George Sand, Anne Chevereau. Ed. Christian Pirot, 20

16:04 Publié dans Histoire locale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : george sand, palaiseau, essonne | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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