10.03.2010
La pénurie de la gériatrie est organisée en Île-de-France
Les lits ferment alors que le nombre de personnes âgées augmentent. D’ici quelques années, l’hôpital public risque d’avoir du mal à accueillir la population vieillissante.
« Cette décision n’est pas médicalement justifiée », assène un médecin de Joffre-Dupuytren à propos de la fermeture de 68 lits dans cet hôpital gériatrique.
Dans son plan d’économies drastique, l’Assistance publique a omis de prendre en compte un paramètre : l’offre de soins.
Et avec ce qui se prépare dans le sud de l’Île-de-France, celle-ci promet d’être sérieusement dégradée.
68 lits de soins de suite et de rééducation (SSR) à Joffre-Dupuytren (Essonne), puis 68 autres seraient ainsi transférés à Rothschild, dans le 12e arrondissement de Paris, d’ici à l’automne 2010.
37 lits de SSR seraient aussi supprimés à l’hôpital Clemenceau, à Champcueil.
Et 85 lits de SSR à Charles-Foix, à Ivry-Sur-Seine (Val-de-Marne), toujours pour être déplacés à Rothschild.
À Émile-Roux, à Limeil-Brévannes (Val-de-Marne), le plus grand hôpital gériatrique d’Europe ne devrait pas ouvrir ses 20 lits supplémentaires. « Alors même que tout a été rénové et le matériel acheté », déplore le syndicat Sud santé. La restriction budgétaire est de mise.
Concentrer une grande partie de la gériatrie publique à Paris ?
Une véritable aberration, si l’on en croit les personnels soignants de Joffre-Dupuytren. « 90 % des malades viennent de l’Essonne, alors ça m’étonnerait qu’après, ils aillent à Paris ! Beaucoup de personnes âgées atterrissent ici car elles ne sont pas accueillies ailleurs », explique une infirmière. Impossible pour ces malades porteurs de pathologies lourdes d’aller en maison de retraite. « Et qui soignerait les personnes défavorisées et les SDF ? » ajoute Michelle, infirmière.
À Joffre-Dupuytren, le comité consultatif médical a donc déposé une motion, le 16 février, contre la fermeture de lits. Et pour cause. Les médecins mettent en avant, chiffres de l’Insee à l’appui, que l’Essonne est le département francilien qui va connaître la plus forte croissance de population gériatrique dans les quinze prochaines années. 20 % d’augmentation du nombre de personnes âgées sont prévus d’ici cinq ans, 40 % dans dix ans. Pour atteindre un doublement en 2030 !
Et le transfert sur l’hôpital Rothschild est d’autant moins compréhensible qu’à Paris, seulement 2 % d’augmentation des personnes âgées sont prévus d’ici dix ans. Comment les pouvoirs publics envisagent-ils de répondre à la demande de soins et d’accueil en région parisienne ?
Les syndicats ont leur petite idée sur la question. « Nous craignons qu’ils n’installent des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ephad) dans nos bâtiments adaptés », explique Jean-Marc Allouche, secrétaire CGT de Joffre-Dupuytren. Une solution au vieillissement de la population pas accessible à toutes les bourses.
Cécile Rousseau, pour l’Humanité
12:36 Publié dans Contre enquête | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : hôpital, esonne, gériatrie |
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