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10/11/2009

LE GENOPOLE D'EVRY EN DIFFICULTE

genethon.JPGGenopole, le parc technologique créé à Evry (Essonne) autour des sciences du génome, a fêté en octobre 2008 ses dix ans avec une discrétion qui tranche avec les grandes pompes de son lancement officiel. Claude Allègre et Dominique Strauss-Kahn, alors respectivement ministre de la Recherche et ministre de l'Economie et des Finances, avaient fait le déplacement. Genopole se voulait alors le prototype du parc biotechnologique à la française, associant sur un même site de la recherche académique, une structure d'accompagnement à la création d'entreprises et un bioparc. Au-delà des effets de mode, comment expliquer que Genopole ne soit pas tout à fait le succès attendu ? Deux raisons principales, l'une liée à l'histoire, l'autre à la géographie, se conjuguent

Tout d'abord, Genopole a été créé à Evry, parce que l'Association française contre les myopathies (AFM) y avait établi ses quartiers à la fin des années 1980 et créé, en 1991, avec l'argent du Téléthon, un premier laboratoire de cartographie du génome humain, le Généthon. En 1997, c'est encore l'AFM qui a convaincu le gouvernement d'y implanter le Centre national de séquençage, premier grand équipement dédié au génome, puis le Centre national de génotypage. « Mais cette implantation volontariste s'inscrivait dans un désert scientifique, car la biologie n'était pas alors enseignée à l'université d'Evry », rappelle un pionnier de l'époque. On était donc très loin du schéma anglo-saxon classique, où les résultats obtenus par la recherche d'une université suscitent la création d'entreprises. Aujourd'hui, l'université d'Evry-Val d'Essonne, qui jouxte le bioparc, dispose de départements en bio-informatique, mathématiques appliquées à la biologie, modélisation et biomatériaux. Et, à côté de la dizaine de laboratoires relevant exclusivement des organismes recherche publique, 11 équipes de recherche dont certaines mixtes (CNRS, Inserm, Inra) sont rattachées à l'université. Une école doctorale commune avec l'université de Versailles y a aussi été montée.

Pas de tissu industriel

Le bioparc était lui aussi à créer ex nihilo. Aujourd'hui, il compte 37 entreprises, mais, excepté 3 d'entre elles, elles emploient moins de 15 salariés. Un résultat malgré tout décevant, l'ambition initiale étant de générer un tissu industriel et non pas seulement d'accueillir des vagues successives de nouvelles start-up. En matière de molécules thérapeutiques, une seule entreprise, Novagali, dispose d'un produit commercialisé. Il est vrai que développer un médicament peut prendre une dizaine d'années, mais cela tient aussi au fait qu'aucun grand laboratoire pharmaceutique ou grosse entreprise de biotechnologies n'est présent sur le site, à l'exception de Sanofi-Aventis, via un département de recherche. Or, cette absence est doublement pénalisante. Outre les produits, c'est aussi l'effet d'entraînement qui fait défaut.

Pourtant, depuis la création de Genopole, les montants mobilisés sont loin d'être négligeables. Sur la seule période 2002-2008, ce sont plus de 25 millions d'euros qui ont été investis dans « l'accueil, l'incubation et le développement des entreprises de biotechnologie et dans les programmes de bioproduction », auxquels il faut ajouter une partie des 13 millions consacrés à la « prospection, l'attractivité et la promotion nationale et internationale ».

Genopole a aussi été la première structure à mettre à la disposition des entreprises de biotechnologie une pépinière et un accompagnement, puis à lancer un fonds de préamorçage. La qualité de cet accompagnement est attestée par différents dirigeants de start-up. En outre, une vingtaine d'entreprises de biotech implantées hors du site y ont également recours, ainsi qu'aux services des plates-formes technologiques. Mais d'autres structures d'accueil des entreprises ont vu le jour à Paris (hôpital Cochin, Quinze-Vingts…) ou en proche banlieue (Romainville), venant concurrencer « l'offre » de Genopole.

Un problème de desserte

C'est que, outre l'histoire, la géographie pèse elle aussi. Evry n'est située qu'à 27 kilomètres de Paris, mais, pour les parcourir, on a le choix entre une autoroute saturée aux heures de pointe ou la ligne D du RER, qui a beaucoup de progrès à faire en termes de fiabilité. Ceux qui travaillent à Genopole sont intarissables sur le sujet. « Le RER ne passe pas loin de chez moi, pourtant, j'ai fini par prendre ma voiture à cause des pannes et des retards incessants. Mais je dois arriver avant 8 h 30 et ne pas repartir après 17 h 30 si je ne veux pas me retrouver bloqué »,explique un chercheur. Une autre entreprise, pourtant issue de la recherche d'Evry, a préféré se rapprocher de Paris. « A un moment, nous nous sommes demandé où habitaient nos salariés, qui sont essentiellement des bac + 5 et où se situaient nos clients potentiels,explique son patron. Réponse : pas à Evry. Alors, même si le mètre carré y est moins cher, nous avons déménagé. »

 

CATHERINE DUCRUET, Les Echos

20:17 Publié dans Contre enquête | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : génopole, evry | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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